Enfin la femme est indiscrète. Ce défaut peut être utilisé pour répandre
des nouvelles que l’on a intérêt à propager chez l’ennemi. A certains
moments, on a usé largement de ce stratagème.
Les Anglais étaient experts dans cet art du mensonge utile.
On se rappelle le bruit qui courait à Paris au début de la guerre:
plusieurs corps d’armées russes allaient venir donner la main aux armées
françaises; ils étaient en route vers les côtes d’Angleterre. A Paris on
a cru pendant deux mois à l’arrivée des Cosaques «en avalanche»! Les
gens affirmaient les avoir vus au Havre!... On les attendit longtemps.
La rumeur avait été lancée par l’Amirauté qui voulait ainsi attirer la
flotte allemande dans la mer du Nord, où elle refusait résolument de
s’engager. Et de fait, de nombreux bâtiments boches vinrent voir ce
qu’il en était: ils furent aussitôt torpillés.
Chez nos voisins le service secret de l’Amirauté et celui du War-Office
(la guerre) ne se communiquaient pas toujours leurs projets. Un jour
l’Amirauté fit répandre le bruit, absolument faux bien entendu, que la
flotte anglaise songeait à fondre sur la côte allemande et à y débarquer
deux divisions. Les Allemands se mirent aussitôt à concentrer des
troupes sur les points vulnérables: c’était ce que voulait l’Amirauté:
dérouter les Allemands. Mais le War Office n’était pas prévenu et,
apprenant que les Allemands se concentraient sur les côtes, donna
l’alarme et rassembla _en toute hâte_ les troupes anglaises sur les
côtes situées en face, de façon à prévenir une invasion!...
La mise en circulation systématique de fausses rumeurs dans l’espoir
qu’elles arriveraient aux oreilles de l’ennemi fut un moyen souvent
employé pendant la grande guerre.