AU SERVICE FRANÇAIS

L’aventurière s’était aperçue qu’elle était surveillée.

Pour ne pas être prise--ni surprise--elle fit ce que font tous les

espions qui se sentent en danger: elle alla offrir ses services au

bureau du contre-espionnage, d’abord avec l’idée d’en tirer protection,

ensuite d’en tirer profit.

En effet ses moyens étaient devenus précaires, et les quinze mille

francs que coûtait l’hôtel du boulevard Berthier pesaient lourdement

déjà sur les épaules de la belle.

C’est vers le mois d’avril 1915 que Wiszniewska proposa au S. R., par

l’intermédiaire d’un de ses amis, figurant déjà dans les cadres du

service, de lui fournir des renseignements sur les agissements des

milieux francophobes espagnols. Elle demandait qu’en échange le S. R.

prît à sa charge les 15.000 francs de loyer de son hôtel.

Le représentant du 2ᵉ bureau, chargé de discuter avec elle, lui fit

remarquer que ses prétentions étaient exorbitantes. Après d’assez longs

conciliabules, on se mit d’accord sur un _modus vivendi_. Le S. R. lui

allouerait une somme de 20 francs par jour et par personne employée,

avec un minimum garanti.

Le premier rapport que Anne-Marie-Solange fit parvenir au 2ᵉ bureau,

date du début de mai. C’était un document assez filandreux, plein de

fautes d’orthographe, et qui, après un minutieux examen, fut reconnu

pour être l’échantillon d’une imagination féconde, mais peu précise.

Le second, puis le troisième, ne contenaient pas davantage le moindre

renseignement intéressant. On devinait aisément que ces rapports étaient

fabriqués de toutes pièces. Le chef du 2ᵉ bureau, mis au courant, avisa

la princesse que dorénavant la S. C. R. se passerait de ses services.

Mais l’aventurière ne se découragea point. Grâce aux hautes relations

qu’elle se flattait d’avoir dans les milieux politiques, elle entra de

nouveau en rapports avec le 2ᵉ bureau, qui lui confia une mission

personnelle en Espagne.

La princesse partit dans le courant de novembre pour Madrid, où

l’attendait le fameux d’Astek. Trois semaines plus tard elle envoyait à

Paris un long rapport qui fit quelque sensation. Les renseignements

qu’il contenait étaient, en effet, fort importants, mais étaient-ils

exacts?

Une contre-enquête fut immédiatement ordonnée. L’agent chargé de cette

mission de confiance recueillit des témoignages accablants contre

l’aventurière. Non seulement ses renseignements étaient erronés, mais il

semblait indiscutable que le rapport avait été envoyé à Paris sur un mot

d’ordre d’agents de l’Allemagne.

L’autorité militaire fut prévenue, et comme la princesse avait été une

première fois suspectée d’être à la solde de l’Allemagne, son

arrestation fut décidée.

La police militaire du camp retranché ne la perdait pas de vue: un jour

elle voulut perquisitionner chez l’aventurière et un commissaire se

présenta boulevard Berthier.

Depuis la veille le bel oiseau, évidemment prévenu, s’était envolé avec

tous ses bagages. La princesse avait déclaré que l’hôtel, qu’elle louait

15.000 francs, coûtait trop cher, et, en un tour de main, elle avait

vendu ses meubles à un brocanteur, fait ses malles et disparu...

momentanément.

A cet instant surgit encore un nouveau personnage tout aussi étrange--et

étranger--que les autres.

La princesse n’avait pas quitté le quartier de la plaine Monceau. Elle

avait accepté l’hospitalité d’un Argentin, nommé Raoul H..., qui

habitait un rez-de-chaussée de la rue Demours.

Cet Argentin, portant beau, se donnait les allures d’un vieux diplomate,

se prétendait le beau-père du ministre des affaires étrangères

d’Argentine. Comme le comte d’Astek il faisait de la chimie, et avait un

laboratoire, lui aussi, mais à Barcelone, 5, calle del Pino, et comme

d’Astek encore il parlait toutes les langues: l’anglais, l’allemand,

l’espagnol, le catalan, le français, l’italien, etc.

C’est dans cette retraite de la rue Demours que le commissaire spécial

du C. R. vint un beau matin surprendre la société Wiszniewska, d’Astek,

Danilovicz et Cⁱᵉ.

Mais les protecteurs occultes veillaient. C’est en vain que la S. C. R.

voulut faire ouvrir une instruction contre la Wiszniewska et ses

acolytes.

Les espionnes à Paris la vérité sur Mata-Hari, Marguerite Francillard, la femme du cimetière, les marraines, une grande vedette parisienne, la mort de Marussia · 第 107 / 134 题