Au moment de procéder à l’arrestation à l’hôtel Baltimore le commissaire
reçut l’ordre de procéder à... l’expulsion!
La mesure était-elle légale? La Wiszniewska était née française, par
conséquent en cette qualité elle ne pouvait être expulsée. Il est vrai
qu’elle avait perdu sa nationalité du fait de son mariage avec un
Polonais, naturalisé italien. Mais le mari étant décédé, sa femme
pouvait être considérée comme redevenue française. Le ministère de
l’intérieur ne l’entendit pas ainsi.
Le même jour, le 2 décembre 1916, la princesse fut conduite à la
frontière d’Italie et le comte d’Astek escorté jusqu’à celle d’Espagne.
Quant à H..., on l’oublia rue Demours.
Il n’y eut aucun doute sur le fait que la mesure d’expulsion--mesure
conservatoire au premier chef--fut prise à l’instigation de la
Wiszniewska elle-même, pour éviter une mesure plus grave. La veille de
son départ la hautaine princesse (née de père et mère inconnus) avait
déclaré cyniquement dans un salon de l’hôtel Edouard-VII:
--Il faut que je quitte la France. Je ne suis pas libre de dire mon
opinion sur l’Allemagne... Je suis avant tout une femme fréquentant les
cours étrangères (_sic_), approchant les souverains, les ambassadeurs,
les personnages les plus considérables du monde diplomatique. Je vais me
rendre en Italie, puis en Suisse: là j’aurai plus de liberté et je
pourrai exprimer ma pensée à ma guise.
C’est pour lui donner cette liberté de dire du bien de l’Allemagne, et
aussi sans doute pour lui rendre plus faciles ses relations avec les
Allemands, que le gouvernement français d’alors envoya l’aventurière
faire un voyage d’agrément en Italie au lieu de l’obliger à une petite
excursion définitive... à Vincennes[J].