On découvre aussi que d’Astek fréquente assidûment l’Allemand von Treek
qui passe pour un espion amateur subventionnant une agence bénévole de
renseignements.
Ce boche est richissime et sa fortune est évaluée à une centaine de
millions de francs. Naturellement la princesse Wiszniewska devint sa
maîtresse: elle ne pouvait choisir mieux.
L’affaire se complique alors d’une question de rivalité féminine.
Von Treek voulait épouser la fille du comte de Frankenberg. Cela ne
pouvait convenir ni à la princesse ni au comte.
Voyant qu’elle allait perdre son amant et les subsides qu’elle en
recevait, la Wiszniewska fit tout pour le retenir et, n’y parvenant pas,
elle employa les grands moyens. Deux jours avant la célébration du
mariage, elle attira von Treek à Genève, sous prétexte d’une affaire à
traiter. Là, elle tenta de le faire disparaître en le chloroformant.
Mais von Treek, qui est taillé en hercule, résista au chloroforme et
réussit à se débarrasser de deux agresseurs qui étaient postés dans une
pièce voisine et qui attendaient le moment d’intervenir.
Après ce premier échec, l’aventurière machina contre von Treek un plan
véritablement machiavélique qui amena l’arrestation de ce dernier. Elle
avait fait parvenir aux autorités judiciaires un dossier renfermant de
nombreux documents et photographies, prétendus authentiques, sur la
propagande bolchevik. Ces documents représentaient von Treek comme le
chef de la propagande bolchevik en France, en Angleterre et en Suisse.
L’enquête ouverte permit d’établir que les documents fournis par la
princesse Wiszniewska n’étaient que des faux; aussi l’instruction fut
suspendue et des poursuites furent intentées contre l’aventurière, qui
fut arrêtée.
Elle fut impliquée dans plusieurs affaires d’espionnage par les
magistrats de Genève, mais elle ne resta pas longtemps en prison, et
continua à séjourner sur les bords du Léman.
La princesse traversait fréquemment le lac et aimait résider tantôt à
Evian et tantôt à Lausanne où elle recevait de nombreuses visites qui
inquiétaient fort notre excellent consul, M. le baron de Fougères.
Quant au commissaire de police d’Evian, un certain A., placé et maintenu
à ce poste par le ministre Malvy, il trouvait tout cela naturel, et ne
songeait à sévir que contre les Français qui paraissaient trop
renseignés.
Mais la vie en Suisse devenant agitée, la princesse décida de revenir à
Paris où elle reprit ses fréquentations louches.