LE COMTE D’ASTEK

Le monsieur à lunettes d’or, qui cohabitait avec elle, se faisait

appeler docteur Emir d’Astek, comte égyptien, né à Alexandrie en 1873 et

se prétendant sujet britannique.

Il s’était marié à Madrid à une Espagnole qui lui avait apporté en dot

plusieurs millions. En 1913 il était venu à Paris avec sa femme, qui ne

voulait pas rester à Madrid où son mari entretenait des maîtresses et

dilapidait sa fortune.

Le changement de ville ne changea pas la conduite de d’Astek. Il quitta

le domicile conjugal et prit d’abord comme maîtresse la théâtreuse Grent

Boyer, puis la princesse Wiszniewska. Mais privé des subsides de son

épouse légitime il fut bientôt obligé d’en appeler à la bourse de ses

amies, et de recourir à des expédients.

Il s’improvisa homme de science, chimiste. Il se donna comme docteur

ès-sciences de la faculté de Berlin, docteur en médecine de la faculté

de Paris et installa un mystérieux laboratoire dans les combles de

l’hôtel d’Iéna, place d’Iéna.

Là il se livrait à des expériences diaboliques en compagnie d’une bande

de rastaquouères des plus remarquables tels que le marquis de

Castellucia, l’ingénieur (?) Garchey, l’inventeur Pateras, Etchepare,

etc.

Garchey prétendait avoir découvert un appareil de télégraphie sans fil

destiné à repérer les sous-marins. Il négociait avec l’ambassade

anglaise. Pateras se vantait d’avoir mis au point un appareil d’aviation

piloté par Védrine.

Hôtes de la comtesse de Castelbaljac tous ces gentilshommes trouvèrent

le moyen d’escroquer des sommes importantes à leur bienfaitrice qui

finalement se décida à porter plainte. La bande se dispersa aussitôt

comme une volée de corbeaux.

Quant à d’Astek, toutes «les grandes découvertes» de ses nobles amis lui

avaient donné un prétexte pour fréquenter le cabinet du ministre de la

marine et pour évoluer autour de la direction des inventions de guerre

installée rue Saint-Thomas-d’Aquin. «Ça, c’est intéressant!» disait-il.

Ce couple bizarre avait donc une double couverture: la femme travaillait

dans la noblesse, la galanterie et la diplomatie; le docteur se mouvait

autour des secrets de la défense nationale.

Les espionnes à Paris la vérité sur Mata-Hari, Marguerite Francillard, la femme du cimetière, les marraines, une grande vedette parisienne, la mort de Marussia · 第 104 / 134 题