Les deux femmes firent des aveux complets. Cependant tout d’abord elles
ne voulurent pas dénoncer Guaspare. Mais quand elles apprirent qu’il
était arrêté, elles déclarèrent que c’était lui qui leur avait donné les
indications nécessaires.
On trouva sur elles des sauf-conduits en blanc. On découvrit aussi un
tout petit fragment de papier, mince comme une feuille à cigarette,
couvert de notes sur les ports de débarquement des Américains. Le tout
était dissimulé dans un sachet de toile grise attaché à leur robe.
Quand la surveillante préposée aux fouilles fit cette découverte, la
femme Schadeck lui dit naïvement:
--Brûlez ce papier. Cela n’a aucune importance!
La surveillante répondit:
--J’t’écoute!
Les deux espionnes n’essayèrent pas de nier. Elles déclarèrent avoir
envoyé en Suisse les renseignements demandés sur les mouvements des
Américains, les allées et venues des permissionnaires, avec le numéro de
leur régiment, de leur division, leur emplacement, leur secteur et les
endroits où on les envoyait au repos.
A leur retour, ces femmes devaient toucher 600 francs d’abord et 1.000
francs ensuite, soit 1.600 francs. A cette époque, la vie n’était pas
encore chère! Il est vrai que Anna Garnier se proposait de consacrer
cette somme uniquement à l’achat d’un bateau pour canoter sur le lac de
Genève!