Voici maintenant le grand chef de la bande; il n’est pas encore pris,
mais il ne va pas tarder à l’être.
Guaspare était un garçon boucher de la Villette. Il appartenait à la
classe 1905, et les renseignements donnés au début par la Préfecture de
Police étaient bons. Né le 20 avril 1885, à Reims, il passait pour un
bon sujet.
Affecté au 5ᵉ régiment d’artillerie coloniale, il déserta le 7 novembre
1916, en demandant une permission à double destination. Réfugié à
Genève, il entreprit le commerce des bestiaux, du beurre, des
bouteilles, des pommes de terre, etc...
C’est Cayer qui lui proposa d’entrer au service des Boches.
Intelligent, hardi, sans scrupules, il avoua avoir fait quatre voyages
en France sous l’uniforme français. Il ne manifesta aucun regret et
parla de ses entreprises de trahison comme de voyages d’agrément.
En octobre 1917 il était parti en uniforme avec Ripert, dit le
Marseillais, sous le faux nom de Castille.
Dans le Midi, tous deux avaient créé une vaste organisation
d’espionnage, comprenant plus de _dix agents_, qui fonctionna très
activement grâce à la mollesse et à l’indifférence de notre service dans
cette région, mollesse et indifférence que nous aurons souvent
l’occasion de signaler.
En novembre, il entreprend une nouvelle expédition, cette fois avec
Cayer. Celui-ci est habillé en chasseur alpin et prend le nom de
Bouillon. Ils vont à Lyon, à Paris et rapportent aux Boches une ample
moisson de renseignements.
Nous voici en décembre 1917. Guaspare est encore à Paris habillé en
artilleur. Il y reste six semaines vivant avec Yvonne Schadeck, rue du
Pont-de-Flandre.
Au moment de la grande offensive, en mars 1918, au moment où Reims est
menacé, Guaspare déploie une grande activité et rapporte en Suisse des
informations précieuses sur l’emplacement de nos divisions.
A ce moment, A. F. 337 touche des sommes importantes. On attend son
arrivée à Paris pour l’arrêter.
Yvonne, on le sait, était déjà sous les verrous.
Guaspare est en Suisse et s’inquiète de ne pas voir revenir sa maîtresse
Yvonne Schadeck. Il se décide à venir prendre de ses nouvelles. Il
commence par faire la noce, car les espions raffolent des parties fines,
et au moment où il entre dans un cabaret avec Desjardins, ils sont
arrêtés tous deux le 23 juin 1918.
On trouva sur le chef de la bande 3.450 fr. en billets allemands,
suisses, italiens et français. A Genève, il avait un coffre-fort au nom
d’Yvonne Schadeck.
Desjardins ignorait le métier que faisait sa femme Yvonne, qui
prétendait, venir à Paris pour voir sa mère. Mais il savait parfaitement
que Guaspare et Cayer étaient des agents au service de l’Allemagne.
Les deux femmes, une fois arrêtées, eurent une attitude différente. La
Schadeck déclara qu’elle avait fait de l’espionnage «pour amasser une
petite réserve en vue de l’hiver». La Garnier se repentit et dit:
--J’ai fait de vilaines choses sans m’en rendre compte. Si vous croyez
que je mérite la mort, je mourrai avec courage.