Au café Amodru on rencontrait les distingués seigneurs que voici:
_Forest_, qui avait fait de l’espionnage dans la zone des armées grâce à
de fausses permissions fabriquées par Kœniger, et était revenu en Suisse
d’où les Allemands l’avaient envoyé en mission à Anvers porter des plis
à Mlle Docktor.
_Perrin_, que les autorités suisses avaient dû poursuivre pour
espionnage, tellement ses agissements étaient apparents et scandaleux.
_Forestier_, déserteur, qui avait fait plusieurs voyages en France.
_Vignon_, insoumis français, marchand de bicyclettes à Genève, où il
était très connu de notre service de renseignements; de plus, anarchiste
militant et agitateur à la solde des Allemands. Cet individu faisait
aussi tous les commerces; il avait chez lui un dépôt de brochures
défaitistes imprimées à Genève et distribuées en France, et pour
compléter son achalandage un dépôt d’explosifs de toute première marque.
Le collaborateur de Vignon était _Weil_, un déserteur autrichien,
anarchiste anarchisant, ayant pris part aux troubles révolutionnaires
de Zurich en 1918, et arrêté à cette époque par la police de la libre
Helvétie.
_Chapeyron_, condamné contumax par le Conseil de guerre de Grenoble pour
intelligences avec l’ennemi.
_Franciscoud_, déserteur du 2ᵉ groupe d’aviation en mars 1916, avait
fait sa soumission aussitôt et avait déserté de nouveau en avril. Il se
donnait comme Espagnol à cause de son teint bistré, et faisait de
nombreux voyages en France.
_Guaspare_, le plus dangereux des espions, dont nous reparlerons
longuement.
_Mourier_, dit Campion, chanteur ambulant, qui s’était distingué auprès
des Allemands par son exploration du littoral, de Nice à Toulon.