Mais avant de mettre en route les espions suffisamment préparés, il
fallait les habiller. Kœniger avait, à cet effet,--sans jeu de
mots,--une collection considérable d’uniformes français dans sa cave. Il
avait aussi une belle collection de faux papiers militaires, établis
avec une rare habileté.
C’était, la plupart du temps, soit une permission, soit un congé de
convalescence. Ces pièces portaient, bien entendu, tous les cachets
nécessaires. Ordinairement, on se servait du timbre de l’hôpital de
Bergens (Nord), ou bien du timbre de la gare du P.-L.-M. à Annemasse, ou
à Bellegarde, avec la mention: «Vu au passage», ou bien encore du timbre
de la gare régulatrice de Crépy-en-Valois.
Lors d’une perquisition faite chez Kœniger par les autorités suisses, on
a trouvé des monceaux d’uniformes français, de permissions en blancs et
de cachets de toutes sortes.
Ainsi déguisé et nanti des certificats nécessaires, l’espion passait et
repassait assez facilement la frontière. S’il ne se sentait pas l’aplomb
convenable pour affronter l’œil du gendarme, il se défilait par un de
ces cabarets à double issue, établis sur la ligne frontière même, avec
porte sur la France et porte sur la Suisse, établissements louches qu’on
n’a jamais pu faire disparaître.
Un moyen employé souvent par les Allemands consistait à faire déserter
des soldats français et à les envoyer pendant un certain temps dans un
camp de prisonniers en Allemagne. Puis on les échangeait contre des
prisonniers allemands: ils revenaient en Suisse et rentraient en France
très ovationnés au milieu de leurs camarades.
D’autres fois, le déserteur rentrait simplement tout seul en racontant
qu’il s’était évadé d’un camp et qu’il s’était échappé par la Suisse. On
le comblait alors de douceurs et de fleurs!