Quelques jours après, Constantin revint boulevard Haussmann en costume
de voyage, une valise jaune à la main.
--Je viens vous dire au revoir, car je pars pour Genève.
--Vous ne partez pas tout de suite, au moins? Vous restez quelques
instants avec moi? Donnez-moi votre valise que je vous débarrasse...
Puis elle poussa «son ami» au piano et le pria de lui chanter une de ces
«canzonetta» italiennes qu’elle aimait tant! Et pendant que le Grec
chantait, la danseuse opérait: la valise n’était pas fermée à clef! Dans
un compartiment, il y avait des éponges neuves, un pyjama, du linge;
dans l’autre, une liasse de papiers dont elle s’empara.
En la voyant, Constantin poussa un cri sauvage et, blême, il hurla:
--Ne touchez pas à cela!
Mais Yvonne avait eu le temps de constater, a-t-elle déclaré, que «les
papiers étaient recouverts de caractères allemands tapés à la machine à
écrire; en marge, soulignés de barres rouges, il y avait les noms de
plusieurs villes: Amiens, Brest, Versailles». C’est tout ce qu’elle
avait pu déchiffrer.
Fou de colère, le Grec se précipita sur Yvonne et lui cria:
--Vous êtes une misérable!... Je devrais vous étrangler.
En même temps, d’un formidable coup de poing, il l’envoya rouler sur un
tapis, en criant:
--Sale Française! Sale Française!
Puis il s’élança vers la porte, sa valise à la main. Dans l’antichambre,
il bouscula la camériste en la menaçant de lui «faire son affaire».
Yvonne s’était évanouie, a-t-elle dit.
Revenue à elle, elle se précipita au domicile de Constantin: la
concierge lui annonça que le matin il était parti pour New-York!