Le commissaire de police, enfin averti, déclara que le cas lui
paraissait intéressant. Evidemment, c’était un homme à surveiller. Mais
c’était un neutre et il fallait des preuves...
Deux mois après, Constantin reparut, hâve et défait. Il se présenta chez
la danseuse, en suppliant, et demanda:
--Madame, avez-vous parlé contre moi?
--Vous avez donc quelque chose à craindre?
--Non! Mais je ne reçois plus mon courrier. Mon argent est saisi en
banque... environ 50.000 francs... et je suis sans la moindre ressource.
Au nom de la «madone», faites l’impossible pour que je touche cette
somme... Je viens de dépenser mes derniers sous: il y avait trois jours
que je n’avais pas mangé!... Je suis traqué par des policiers...
Prêtez-moi cinq sous pour que j’écrive à mes amis de Lausanne...
--Je pourrai peut-être vous aider, fit la jeune femme. Mais à une
condition: avouez votre crime. Si, comme je le crois, vous êtes un
espion, vous risquez la mort. Avouez franchement, allez vous constituer
prisonnier et vous obtiendrez peut-être les circonstances atténuantes.
Avouez!
--Trop tard! fit-il, comme écrasé par les circonstances. Trop tard!
Adieu madame!
Une demi-heure après le départ de l’espion, un inspecteur de la sûreté
générale se présentait chez Yvonne et lui demandait ses papiers.
--Vous fréquentez des étrangers et vous êtes suspecte. Vous êtes,
notamment, l’amie d’un espion...
--J’ai prévenu le commissaire de mon quartier.
Le lendemain, Yvonne comparaissait, rue des Saussaies, devant un
commissaire spécial, et était confrontée avec Constantin, arrêté depuis
la veille en sortant de chez elle.
--C’est un homme très dangereux, reconnut le fonctionnaire. Il est
extrêmement adroit et a su se ménager des garanties influentes. Il nie.
Mais nous avons assez de présomptions pour le remettre entre les mains
des juges militaires qui lui feront un sort. Tout de même, la preuve
matérielle nous manque. Cette preuve, nous pouvons peut-être la trouver
dans une confrontation... si vous voulez nous aider?...