«JE DEMANDE PARDON A DIEU ET A LA FRANCE!»--LES FEMMES DANS LE SERVICE
SECRET
De taille au-dessous de la moyenne, comme on dit dans les signalements,
assez mignonne, les cheveux très longs et presque roux, Marguerite
paraissait insignifiante. Elle était couturière à Grenoble et
travaillait honnêtement quand un espion, posté dans la région bien
longtemps avant la guerre, en fit sa maîtresse. L’espion, dès le début
des hostilités, monta en grade et fut chargé de diriger le centre
allemand de Genève.
Marguerite savait-elle la profession exacte de son amant? Elle a
prétendu que non. Toujours est-il qu’elle lui obéissait au doigt et à
l’œil; je dis «à l’œil» parce que le Boche ne lui donnait presque rien.
Tout d’abord la pauvre fille fit la navette entre la Suisse et la
Savoie. Elle portait dans son cabas--tout simplement--les notes que des
gens qu’elle ne connaissait pas venaient lui remettre pour son ami. A la
frontière elle avait été signalée et bientôt la Sûreté générale lui
avait donné une escorte discrète, comme il sied à une personne modeste
qui ne doit pas se faire remarquer.
Les inspecteurs lui firent la cour, dans l’espoir de l’amener à des
confidences. Mais Marguerite parlait peu et était fidèle: aucune
tentative ne réussit à la détourner de «son devoir»...
Le cas était rare. On la laissa continuer son manège pendant quelque
temps, car, par elle, on découvrait les agents secrets opérant dans
cette partie de la France, et on les coffrait successivement. Elle
servait ainsi, sans s’en douter, de liaison entre la police et les
espions.