Décidément Mata-Hari se tenait bien et cela surprenait un peu.
--C’est une comédienne, disait-on. Et puis son défenseur lui a fait
croire que, comme dans _la Tosca_, les fusils seront chargés à blanc.
C’est pour cela qu’elle montre tant de confiance. Elle se figure qu’il
n’y a pas de balles dans les cartouches et qu’on ne la tuera pas, à
cause de ses hautes relations.
--C’est une histoire ridicule, répondis-je. La danseuse sait très bien
qu’elle va mourir. Quand elle a refusé de se laisser visiter par le
médecin, elle savait qu’elle repoussait sa dernière chance de salut.
D’ailleurs son avocat a démenti formellement cette légende tout à
l’heure.
La légende n’en a pas moins persisté. Il n’y a rien de plus difficile à
détruire qu’une légende. J’ai même entendu des gens venir m’affirmer--à
moi!--que Mata-Hari n’était pas morte. Si je n’avais pas été là j’aurais
fini par le croire, tout au moins j’aurais douté...
Mais reprenons notre récit.