Les préparatifs étaient terminés. Se tournant vers son avocat, elle lui
dit:
--Ah! Voici un paquet de lettres à remettre. Mais j’en ai encore deux ou
trois à faire...
--Vous les écrirez en bas, au greffe, lui dit le directeur.
Mata jeta un coup d’œil sur la glace, rajusta son chapeau, arrangea ses
cheveux, puis, tapant du pied, du ton d’une femme en colère, mais qui se
dompte:
--Je suis prête, messieurs!
Les magistrats sortirent. La condamnée suivit, entre l’avocat et le
pasteur. En franchissant la porte un gardien voulut lui prendre le bras:
--Ne me touchez pas! Ne me touchez pas! dit-elle avec véhémence. Je veux
que personne ne me touche. Sœur Marie, donnez-moi la main.
Le cortège se mit en marche. Mata avançait d’un pas rapide, entraînant
la petite Sœur de charité. On arriva au greffe.
--Voici de quoi écrire, lui dit le gardien-chef.
Mata s’assit, enleva un gant, et pendant sept à huit minutes fit des
lettres et des enveloppes.
--Maître, dit-elle à son avocat, prenez ces lettres, mettez-les sous
enveloppe... Mais ne vous trompez pas d’adresse!... Vous seriez la cause
de troubles dans les familles...
Et elle se mit à rire.
--Surtout ne vous trompez pas d’enveloppe!
Elle était maintenant au seuil de la petite porte donnant sur la cour.
Une automobile trépidait; un gendarme tenait la portière ouverte. Je fis
baisser les stores et la condamnée alla s’asseoir dans le fond; le
pasteur Darboux se mit à côté d’elle; en face, sur les strapontins, la
sœur Marie et une autre sœur de charité.
Un gendarme prit place à côté du chauffeur. C’était tout comme
gardiens: L’attitude de la condamnée n’exigeait aucune autre précaution.
Je donnai le signal du départ. En tête la voiture des magistrats
militaires, puis la voiture de la condamnée, ma voiture, celle du
docteur Socquet, et une voiture de secours en cas de panne. Cette
dernière était vide au départ; à l’arrivée je m’aperçus qu’elle
contenait six personnes!
Nous roulions à une allure modérée vers la place de la Nation et la
porte Daumesnil, quand, tout à coup, nous fûmes entourés, précédés,
suivis par une vingtaine d’automobiles contenant les journalistes. Ils
se décidèrent à se grouper et à aller prendre la tête du cortège pour
filer sur Vincennes. Au milieu de l’avenue ils prirent à droite pour se
diriger par le bois vers la butte de tir. Mais ce n’était pas le chemin!
Et la route était barrée!
Nous continuâmes tout droit pour aller au fort. Les journalistes
constatèrent que nous ne les suivions pas et, pendant que nous les
dépassions, je les vis faire des gestes de désolation. Je comprenais
leur ennui et je les plaignis bien sincèrement.