Nous voici à Saint-Lazare.
La condamnée est installée dans la cellule 12, celle où ont été
enfermées Mme Steinheil, Mme Caillaux, etc. C’est une pièce assez vaste,
à deux fenêtres et à trois lits--deux de ceux-ci servent aux «moutonnes»
ou aux auxiliaires chargées d’observer la condamnée.
La surveillance officielle est exercée par des sœurs. Malgré toutes les
tentatives de laïcisation, on n’a jamais pu remplacer les sœurs à
Saint-Lazare. Elles seules ont de l’autorité sur les filles plus ou
moins soumises--plutôt moins--qui peuplent cet établissement. Les
détenues sont généralement d’un caractère peu commode et d’une mentalité
effroyable: elles n’écoutent ni Dieu ni diable, mais elles écoutent les
sœurs, qui leur imposent un profond respect et qui obtiennent d’elles
une obéissance absolue. Les plus féroces laïcisateurs ont été obligés de
les garder.
Mata-Hari était d’origine juive; elle s’était convertie au
protestantisme. Aussi avait-elle, dans les premiers temps, refusé de
recevoir les sœurs, et, quand celles-ci pénétraient dans sa cellule, les
accueillait-elle avec une véritable hostilité.
La sœur Marie,--une mignonne petite sœur, énergique, curieuse, parlant
argot à ses détenues quand il le fallait,--la petite sœur Marie était
très contrariée de l’attitude de Mata qui avait refusé toutes ses
douceurs, et qui parfois se montrait impertinente.
Aussi, un jour que je venais prendre des nouvelles de Mata-Hari, la sœur
m’avait dit:
--Mon commandant, la Mata-Hari est foncièrement méchante. Quand vous
viendrez la chercher pour la conduire à Vincennes réservez-moi une place
dans votre voiture. Elle ne veut pas me voir. Je voudrais savoir comment
elle se tiendra devant nos soldats.
Mais quelques jours avant l’exécution, la condamnée s’était repentie de
sa brutalité et s’était excusée auprès de la sœur de charité, qui,
aussitôt, lui avait apporté ses consolations--et qui les lui apporta
jusqu’au poteau.