LE DÉFENSEUR

Pendant la suspension, le défenseur s’approcha de moi. Comme on dit dans

la _Tour de Nesles_, c’était une noble tête de vieillard. Il portait la

médaille de 1870 sur la poitrine, et se montrait fort érudit en droit

international. Il avait confiance... Toujours il avait eu confiance!

Même avant d’avoir ouvert son dossier il affirmait l’innocence de Mata.

C’est à ce point que, à la justice militaire, on savait que c’était lui

qui avait prié le bâtonnier de le désigner comme défenseur d’office.

Avocat de grand talent, il avait voulu défendre cette femme, qu’il

admirait depuis longtemps, parce qu’il avait sans doute l’intime et

absolue conviction qu’elle n’était pas coupable. Sa candeur était

touchante, son dévouement émouvant, et digne d’une meilleure cause.

--Qu’en pensez-vous, commandant? me dit-il avec un sourire plein

d’espoir.

--Je pense que c’est une grande coquine, et qu’elle est fichue!

Je regrettai aussitôt ma franchise, car je sentis que je lui avais fait

de la peine.

--Attendez au moins les témoins à décharge! Attendez surtout ma

plaidoirie!

Avec sa plaidoirie, qui fut très chaude, nous eûmes de l’émotion certes,

mais avec les témoignages nous avions eu trop de surprises... ils nous

avaient montré combien cette femme était coupable et dangereuse.

Elle avait su, en effet, nouer des relations--purement sentimentales il

est vrai--mais relations tout de même, avec un puissant fonctionnaire

des Affaires étrangères et même avec un ministre de la Guerre.

Les noms de ces personnalités importent peu parce que les incidents

auxquels elles ont été mêlées n’ont aucune importance au point de vue

militaire. Ils n’ont d’intérêt que pour établir l’audace de la grande

espionne.

Les espionnes à Paris la vérité sur Mata-Hari, Marguerite Francillard, la femme du cimetière, les marraines, une grande vedette parisienne, la mort de Marussia · 第 26 / 134 题