CONFONDUE!

Le colonel donna connaissance du fameux radio de Madrid.

--Vous ne pouvez nier, lui dit le colonel président, que vous êtes allée

chercher à la légation de... la somme que le lieutenant von Kroon vous

avait promise à Madrid?

Et Mata, imperturbable, de recourir à son système de défense favori et

de répondre avec aplomb:

--C’est parfaitement exact. Le lieutenant von Kroon ne voulant pas payer

mes caresses avec son argent, avait trouvé plus commode de les faire

payer avec l’argent de son gouvernement!...

--Le Conseil de guerre prendra cette explication pour ce qu’elle vaut,

observa le colonel. Vous reconnaissez que l’argent venait du chef de

l’espionnage allemand à Amsterdam?

--Parfaitement. L’argent venait de mon ami de Hollande qui payait sans

le savoir les dettes de mon ami d’Espagne.

On ne put tirer autre chose de l’accusée. Elle avait reçu «le coup du

télégramme» comme un coup de massue sur la tête. Elle chancelait, blême,

les yeux hagards, la bouche crispée d’où les phrases sortaient en mots

hachés:

--Je... je.. vous dis que... que c’était pour... pour... payer mes nuits

d’amour. C’est... c’est mon prix. Croyez-moi... soyez galants, messieurs

les officiers français...

--Tout cela ne prouve rien! voulut dire l’avocat, Mᵉ X..., qui,

empressé, très empressé auprès de sa cliente, lui offrait un flacon de

sels et lui tendaient une bonbonnière.

--Je n’ai pas besoin de tout cela, lui dit Mata en le repoussant

durement. Je ne suis pas une petite femme. Je serai forte!

Et la danseuse, tournée vers le conseil, lançait des regards de défi!

Cette fois, elle était bien touchée, et visiblement elle se sentait

perdue.

L’audience fut suspendue sur ce coup de théâtre. On ne peut dire que

l’impression fut profonde puisqu’il n’y avait pas d’auditoire. La grande

salle des appels correctionnels était déserte et nue. Les factionnaires

dans les couloirs étaient toujours farouches. Il y avait partout, sur

les bancs poussiéreux et vides, dans l’atmosphère grisâtre d’une

après-midi sans soleil, comme une ombre de désolation et de tristesse.

On pensait à ces pauvres poilus qui là-bas se battaient face à face avec

l’ennemi, et qu’une misérable femme, tout enguirlandée de fourrures et

de fleurs, faisait poignarder dans le dos.

Les espionnes à Paris la vérité sur Mata-Hari, Marguerite Francillard, la femme du cimetière, les marraines, une grande vedette parisienne, la mort de Marussia · 第 25 / 134 题