XXXII.

GRAVIR une montagne. Ce verbe n'est pas transitif. Dites, _gravir_

sur une montagne. On croît que l'étymologie de ce verbe est

_gravatè ire_, _aller péniblement_.

La décision de M. Molard, fondée d'ailleurs sur des exemples cités

dans l'Académie, n'est pas admise par plusieurs écrivains. On n'est

pas d'accord sur l'étymologie. Quelques Grammairiens font dériver

_gravir_ de l'italien _gradire_, _monter par degrés_. D'autres vont

chercher son origine dans _grapire_ et _grapare_, verbes latins du

moyen âge, qui signifient _gripper_, _saisir fortement_, parce que,

disent-ils, lorsqu'on _gravit_, on s'attache aux pierres, aux rochers,

etc. En suivant cette étymologie, on donne à _gravir_, une

signification active. Le Dictionnaire de Trévoux l'admet: _Gravir une

montagne_. On en trouve des exemples dans de bons auteurs; je l'ai vu

dans un de nos poètes.

Au reste, quand même le verbe _gravir_ seroit neutre, il ne faudroit

pas croire que ce fût une raison pour ne pas dire _gravir une

montagne_. Cette locution ne me paroît pas moins exacte que celle-ci:

_monter_ une montagne, _descendre_ les degrés. Dans ces phrases,

_monter des pierres_ sur un bâtiment, _descendre du vin_ à la cave,

les verbes _monter_ et _descendre_ sont _actifs_, et ont pour régime

les mots qui les suivent. On monte, on descend réellement les objets

dont on parle, c'est-à-dire, qu'on les transporte plus haut ou plus

bas qu'ils ne sont. Mais il n'en est pas de même dans les premières

phrases que j'ai citées; et les mots _montagne_ et _degrés_, qui

d'abord semblent être immédiatement dépendans du verbe, sont le régime

d'une préposition sous-entendue.

Observations grammaticales sur quelques articles du Dictionnaire du mauvais langage · 第 38 / 73 题