GRAVIR une montagne. Ce verbe n'est pas transitif. Dites, _gravir_
sur une montagne. On croît que l'étymologie de ce verbe est
_gravatè ire_, _aller péniblement_.
La décision de M. Molard, fondée d'ailleurs sur des exemples cités
dans l'Académie, n'est pas admise par plusieurs écrivains. On n'est
pas d'accord sur l'étymologie. Quelques Grammairiens font dériver
_gravir_ de l'italien _gradire_, _monter par degrés_. D'autres vont
chercher son origine dans _grapire_ et _grapare_, verbes latins du
moyen âge, qui signifient _gripper_, _saisir fortement_, parce que,
disent-ils, lorsqu'on _gravit_, on s'attache aux pierres, aux rochers,
etc. En suivant cette étymologie, on donne à _gravir_, une
signification active. Le Dictionnaire de Trévoux l'admet: _Gravir une
montagne_. On en trouve des exemples dans de bons auteurs; je l'ai vu
dans un de nos poètes.
Au reste, quand même le verbe _gravir_ seroit neutre, il ne faudroit
pas croire que ce fût une raison pour ne pas dire _gravir une
montagne_. Cette locution ne me paroît pas moins exacte que celle-ci:
_monter_ une montagne, _descendre_ les degrés. Dans ces phrases,
_monter des pierres_ sur un bâtiment, _descendre du vin_ à la cave,
les verbes _monter_ et _descendre_ sont _actifs_, et ont pour régime
les mots qui les suivent. On monte, on descend réellement les objets
dont on parle, c'est-à-dire, qu'on les transporte plus haut ou plus
bas qu'ils ne sont. Mais il n'en est pas de même dans les premières
phrases que j'ai citées; et les mots _montagne_ et _degrés_, qui
d'abord semblent être immédiatement dépendans du verbe, sont le régime
d'une préposition sous-entendue.