XX

L'amour du notaire pour Léontine allait en grandissant de jour en jour.

Les passions qui s'éveillent tard gagnent en intensité ce qu'elles ont

perdu en durée. Il lui tardait de se jeter aux genoux de cette enfant

pour lui demander pardon d'avoir osé l'aimer, pour la supplier d'avoir

pitié de lui. Il serait assez éloquent pour l'attendrir. On ne résiste

pas à un amour comme le sien. Il crut bon, toutefois, de mettre

mademoiselle Ida Villor dans ses intérêts. Il la savait l'intime amie de

Léontine. Il quitta donc son bureau et se rendit chez madame Villor. On

le reçut cordialement. Un bienfaiteur!.... Il fit comprendre à

mademoiselle Ida qu'elle et sa mère lui devait un peu de reconnaissance.

Six mois de loyer, c'était quelque chose..... Il ne demandait rien, en

retour, si non un léger service, une parole seulement. Parler, c'est

facile et ça ne coûte pas cher... Il faudrait voir mademoiselle Léontine

et lui dire, sans faire semblant de rien, qu'il avait un bon coeur, lui

Vilbertin, qu'il rendrait certainement une femme heureuse..... qu'il

était riche, avec cela pas égoïste comme il y en avait tant...... qu'il

n'était pas sans pitié pour les pauvres; au contraire. Ida le remercia

avec effusion de ce qu'il faisait si généreusement pour elle et sa mère,

mais elle lui rappela que Rodolphe était son cousin à elle, presque son

frère, et qu'elle ne pouvait pas détacher de lui la seule femme qu'il

eut jamais aimée.... c'eût été une trahison.

Le notaire, dans son aveuglement, avait oublié que Rodolphe était le

cousin d'Ida. Il s'en revint tout penaud, jurant qu'on ne le reprendrait

plus à faire des remises de loyer.... Il cherchait un moyen de se

venger. Les âmes basses ne manient bien que cette arme: la vengeance.

Elle est à la portée de tous les lâches.

Quand il fut dans son étude il rédigea cette affiche originale:

L'affaire Sougraine · 第 40 / 72 题