L'amour du notaire pour Léontine allait en grandissant de jour en jour.
Les passions qui s'éveillent tard gagnent en intensité ce qu'elles ont
perdu en durée. Il lui tardait de se jeter aux genoux de cette enfant
pour lui demander pardon d'avoir osé l'aimer, pour la supplier d'avoir
pitié de lui. Il serait assez éloquent pour l'attendrir. On ne résiste
pas à un amour comme le sien. Il crut bon, toutefois, de mettre
mademoiselle Ida Villor dans ses intérêts. Il la savait l'intime amie de
Léontine. Il quitta donc son bureau et se rendit chez madame Villor. On
le reçut cordialement. Un bienfaiteur!.... Il fit comprendre à
mademoiselle Ida qu'elle et sa mère lui devait un peu de reconnaissance.
Six mois de loyer, c'était quelque chose..... Il ne demandait rien, en
retour, si non un léger service, une parole seulement. Parler, c'est
facile et ça ne coûte pas cher... Il faudrait voir mademoiselle Léontine
et lui dire, sans faire semblant de rien, qu'il avait un bon coeur, lui
Vilbertin, qu'il rendrait certainement une femme heureuse..... qu'il
était riche, avec cela pas égoïste comme il y en avait tant...... qu'il
n'était pas sans pitié pour les pauvres; au contraire. Ida le remercia
avec effusion de ce qu'il faisait si généreusement pour elle et sa mère,
mais elle lui rappela que Rodolphe était son cousin à elle, presque son
frère, et qu'elle ne pouvait pas détacher de lui la seule femme qu'il
eut jamais aimée.... c'eût été une trahison.
Le notaire, dans son aveuglement, avait oublié que Rodolphe était le
cousin d'Ida. Il s'en revint tout penaud, jurant qu'on ne le reprendrait
plus à faire des remises de loyer.... Il cherchait un moyen de se
venger. Les âmes basses ne manient bien que cette arme: la vengeance.
Elle est à la portée de tous les lâches.
Quand il fut dans son étude il rédigea cette affiche originale: