LE SECOND MILLION DE LA LOTERIE DE LA PRESSE

Les heureux gagnants du deuxième million de la loterie de la Presse, M.

Georges Messing, ouvrier fondeur en cuivre, Mme Gelper, sa soeur,

blanchisseuse, et M. Gelper, son beau-frère, ouvrier peintre,

habitaient, en un faubourg de Lille et dans la plus étroite des ruelles,

la plus petite des maisons. C'étaient de pauvres gens, mais de vraiment

braves gens, très travailleurs et très économes, dont le premier souci,

à la nouvelle de leur fortune inespérée, fut d'en affecter une large

partie à leurs parents moins favorisés du sort, si bien que ce second

million, loin de ne profiter qu'à un seul, va faire le bonheur d'une

famille nombreuse: il ne pouvait mieux tomber!

M. Georges Messing, M. et Mme Gelper, sont d'ailleurs du plus aimable

accueil, et c'est très gracieusement qu'ils ont reçu l'envoyé spécial de

_L'Illustration_ que les banquiers de Lille, MM. Pajot et Lefebvre (chez

qui ils avaient acheté le billet gagnant), avaient bien voulu conduire

auprès d'eux, le soir même de ce 1er décembre qui faisait de ces

modestes ouvriers les célébrités du jour. Ils étaient alors en pleine

joie: tous les voisins, tous les camarades d'atelier des gagnants

s'étaient réunis pour fêter la bonne aubaine et buvaient à la santé des

millionnaires; et, aux sons d'un orchestre local, c'était, dans un

estaminet voisin, un bal qui, pour avoir été improvisé en quelques

instants, n'en était que plus cordial et plus joyeux. Avec beaucoup de

bonne grâce, M. Messing, s'arrachant aux poignées de main amies, nous

conduisit visiter son théâtre de marionnettes, créé et construit par

lui, où, chaque samedi et chaque dimanche, il donnait aux enfants du

quartier des représentations très réputées parmi cette jeunesse.

C'est M. Georges Messing et sa soeur Mme Gelper qui avaient pris, en

prélevant peu à peu, chacun dix francs, sur leurs maigres gains

journaliers, ce billet n° 9606 de la 36e série, qui devait leur

rapporter une si considérable fortune. Ils comptent vivre très

tranquillement à Lille, dans leur même quartier; leur plus grand bonheur

est de ne plus être assujettis aux aléas de métiers pénibles, et leur

plus grand plaisir de faire le bien autour d'eux.

[Illustration: M. Georges Messing sur la scène de son petit théâtre de

marionnettes.]

[Illustration: Le domicile qu'habitaient Gelper et Messing: allée de la

Vieille-Aventure, à Lille. (Les nouveaux millionnaires ont aussitôt posé

l'écriteau: A LOUER.)]

[Illustration: La maison de M. Thiers, place Saint-Georges, à Paris:

aspect actuel.]

[Illustration: La maison de M. Thiers pendant sa démolition sous la

Commune.]

[Illustration: Vue d'ensemble des ruines de la maison de M. Thiers,

place Saint-Georges, pendant la Commune.]

L'Illustration, No. 3276, 9 Décembre 1905 · 第 18 / 37 题