Au mois d'octobre dernier, l'escadre anglaise de Hong-Kong venait
mouiller dans les eaux du Japon; il s'agissait d'une démonstration
pacifique, confirmative de l'alliance anglo-japonaise et concertée
d'avance. Donc, suivant le programme convenu, les équipages débarquèrent
à Yokohama, d'où des trains spéciaux les conduisirent par groupes
successifs à Tokio. Leur visite fut l'occasion de réjouissances varices;
ce n'étaient partout que pavoisements aux couleurs accouplées des deux
nations, guirlandes de lampions, banderoles portant la formule de
bienvenue: _Welcome_; on avait organise notamment, au parc de Hibya--à
peu près l'équivalent de notre jardin des Tuileries--une sorte de
grande kermesse: théâtres en plein vent, vastes tentes à l'abri
desquelles les _blue-jackets_ fraternisaient, le verre en main, avec
leurs camarades japonais, la bière, peut-être aussi quelques autres
breuvages, coulant à discrétion et gratis. En outre, pour ajouter un
charme à la fête, la municipalité n'avait pas craint de réquisitionner
extraordinairement tout un bataillon de _geishas_, personnes plutôt
légères, n'ayant point coutume de se montrer en public.
C'est ainsi que l'on put voir des matelots, même des officiers, agitant
de petits drapeaux de papier, «se balader» à travers les rues de la
capitale nippone en aimable compagnie. Un certain nombre, ayant célébré
l'alliance par de trop copieuses libations, «bourlinguaient» fortement
et allèrent échouer à l'ambulance que la délicate et prévoyante
sollicitude de leurs hôtes avait aménagée pour un cas qui, d'ailleurs,
n'était pas pendable, quoi qu'en aient dit les rigoristes, témoins de
cette mémorable bordée.
[Illustration: Anglais, Japonais... et Japonaises fraternisant dans les
rues de Tokio]
Les gagnants: M. et Mme François Gelper, M. Georges Messing.