Mlle Dosne, devenue héritière des biens de M. Thiers, il y a une
vingtaine d'années, après la mort de sa soeur, veuve de l'illustre homme
d'État, vient de faire don à l'Institut de France de l'hôtel qu'habitait
à Paris, lorsqu'il eut quitté le pouvoir, l'ancien président de la
République.
Cette maison, portant le numéro 27 de la place Saint-Georges, s'élève,
entre cour et jardin, sur remplacement même de celle où résida longtemps
l'auteur de _l'Histoire du Consulat et de l'Empire_ avant l'époque de la
Commune, et qui disparut, on sait dans quelles mémorables circonstances.
A la date du 10 mai 1871, le comité de Salut public du gouvernement
insurrectionnel, protestant contre les mesures de répression ordonnées
de Versailles par le chef du pouvoir exécutif de la République
française, prenait un arrêté ainsi conçu:
«Article premier: Les biens meubles des propriétés de Thiers seront
saisis par les soins de l'administration des Domaines.--Art. 2: La
maison de Thiers, située place Saint-Georges, sera rasée.--Art. 3: Les
citoyens Fontaine, délégué aux Domaines, et J. Andrieu, délégué aux
Services publics, sont charges de l'exécution immédiate du présent
arrêté.»
Et l'acte de vandalisme s'accomplit, en effet, sans délai. Mais, dès le
27 mai, la Commune vaincue, l'Assemblée nationale, sur un rapport de M.
Wallon, votait à l'unanimité la réédification, aux frais de la nation,
de la maison démolie.