L'autre pièce, découverte ces jours derniers par M. Taschereau, dans les
minutes de M. Lefer, notaire à Paris, est l'acte par lequel la troupe de
Molière, la souche de la Comédie-Française, a constitué la première
pension qui ait été établie un profit d'un sociétaire se retirant.
Celui-ci était Béjart cadet, beau-frère de Molière. Deux ans auparavant,
en 1668, cet acteur, se trouvant sur la place du Palais-Royal, avait
aperçu deux de ses amis qui venaient de mettre l'épée à la main l'un
contre l'autre. Il s'était jeté au milieu d'eux, et, en rabattant avec
son arme celle de l'un des combattants, il s'était blessé au pied si
grièvement qu'il en était demeuré estropié. Il avait d'abord continué à
jouer, et Molière avait cherché à faire accepter son infirmité par le
parterre en donnant la même infirmité à La Flèche, de _l'Avare_,
représenté en septembre 1668, et en faisant dire à Harpagon: «Je ne me
plais point à voir ce chien de boiteux-là. «Mais néanmoins Béjart dut
songer à la retraite, à Pâques 1670, à quarante ans; et ses camarades,
qui l'aimaient et l'estimaient, lui constituèrent une pension pour,
suivant leur délicate et noble expression, _le faire vivre avec
honneur_. Tout mérite attention dans cet acte: l'élection de domicile,
qui montre la déférence qu'on avait pour la doyenne de la troupe,
Madeleine Béjart, la première passion de Molière, et qui devint sa
belle-soeur; le peu de respect que les notaires et les parties, les
Béjard par exemple, avaient pour l'orthographe des noms propres écrits
et signés tantôt d'une façon tantôt d'une autre, la particule nobiliaire
donnée à Molière par les notaires, non prise par lui, et enfin la
réunion des signatures de Molière, de sa femme et de tous leurs
camarades. Comme malgré les annonces qui se renouvellent de temps à
autre depuis longtemps déjà, on est encore à trouver un autographe de
Molière, et comme des pièces signées de lui sont même fort peu communes,
_l'Illustration_ a fait faire un fac simile exact de toutes ces
signatures. Voici donc l'acte et les noms qui y sont apposés:
[Illustration: Fac-similé des signatures de Molière et de sa troupe.]