CHAPITRE XII

Des lois pénales.

Il faut éviter les lois pénales en fait de religion. Elles impriment

de la crainte, il est vrai; mais, comme la religion a ses lois pénales

aussi qui inspirent de la crainte, l'une est effacée par l'autre.

Entre ces deux craintes différentes, les âmes deviennent atroces.

La religion a de si grandes menaces, elle a de si grandes promesses,

que, lorsqu'elles sont présentes à notre esprit, quelque chose que le

magistrat puisse faire pour nous contraindre à la quitter, il semble

qu'on ne nous laisse rien quand on nous l'ôte, et qu'on ne nous ôte

rien lorsqu'on nous la laisse.

Ce n'est donc pas en remplissant l'âme de ce grand objet, en

l'approchant du moment où il lui doit être d'une plus grande

importance, que l'on parvient à l'en détacher: il est plus sûr

d'attaquer une religion par la faveur, par les commodités de la vie,

par l'espérance de la fortune; non pas par ce qui avertit, mais par ce

que l'on oublie; non pas par ce qui indigne, mais par ce qui jette

dans la tiédeur, lorsque d'autres passions agissent sur nos âmes, et

que celles que la religion inspire sont dans le silence. Règle

générale: en fait de changement de religion, les invitations sont plus

fortes que les peines.

Le caractère de l'esprit humain a paru dans l'ordre même des peines

qu'on a employées. Que l'on se rappelle les persécutions du

Japon[382]; on se révolta plus contre les supplices cruels que contre

les peines longues, qui lassent plus qu'elles n'effarouchent, qui sont

plus difficiles à surmonter, parce qu'elles paraissent moins

difficiles.

[382] Voyez le _Recueil des Voyages qui ont servi à l'établissement

de la Compagnie des Indes_, t. V, part. I, p. 192.

En un mot, l'histoire nous apprend assez que les lois pénales n'ont

jamais eu d'effet que comme destruction.

Esprit des lois livres I à V, précédés d'une introduction de l'éditeur · 第 199 / 211 题