Des lois pénales.
Il faut éviter les lois pénales en fait de religion. Elles impriment
de la crainte, il est vrai; mais, comme la religion a ses lois pénales
aussi qui inspirent de la crainte, l'une est effacée par l'autre.
Entre ces deux craintes différentes, les âmes deviennent atroces.
La religion a de si grandes menaces, elle a de si grandes promesses,
que, lorsqu'elles sont présentes à notre esprit, quelque chose que le
magistrat puisse faire pour nous contraindre à la quitter, il semble
qu'on ne nous laisse rien quand on nous l'ôte, et qu'on ne nous ôte
rien lorsqu'on nous la laisse.
Ce n'est donc pas en remplissant l'âme de ce grand objet, en
l'approchant du moment où il lui doit être d'une plus grande
importance, que l'on parvient à l'en détacher: il est plus sûr
d'attaquer une religion par la faveur, par les commodités de la vie,
par l'espérance de la fortune; non pas par ce qui avertit, mais par ce
que l'on oublie; non pas par ce qui indigne, mais par ce qui jette
dans la tiédeur, lorsque d'autres passions agissent sur nos âmes, et
que celles que la religion inspire sont dans le silence. Règle
générale: en fait de changement de religion, les invitations sont plus
fortes que les peines.
Le caractère de l'esprit humain a paru dans l'ordre même des peines
qu'on a employées. Que l'on se rappelle les persécutions du
Japon[382]; on se révolta plus contre les supplices cruels que contre
les peines longues, qui lassent plus qu'elles n'effarouchent, qui sont
plus difficiles à surmonter, parce qu'elles paraissent moins
difficiles.
[382] Voyez le _Recueil des Voyages qui ont servi à l'établissement
de la Compagnie des Indes_, t. V, part. I, p. 192.
En un mot, l'histoire nous apprend assez que les lois pénales n'ont
jamais eu d'effet que comme destruction.