Du changement de religion.
Un prince qui entreprend dans son État de détruire ou de changer la
religion dominante s'expose beaucoup. Si son gouvernement est
despotique, il court plus de risque de voir une révolution que par
quelque tyrannie que ce soit, qui n'est jamais, dans ces sortes
d'États, une chose nouvelle. La révolution vient de ce qu'un État ne
change pas de religion, de moeurs et de manières dans un instant, et
aussi vite que le prince publie l'ordonnance qui établit une religion
nouvelle.
De plus, la religion ancienne est liée avec la constitution de l'État,
et la nouvelle n'y tient point: celle-là s'accorde avec le climat, et
souvent la nouvelle s'y refuse. Il y a plus: les citoyens se dégoûtent
de leurs lois; ils prennent du mépris pour le gouvernement déjà
établi; on substitue des soupçons contre les deux religions à une
ferme croyance pour une; en un mot, on donne à l'État, au moins pour
quelque temps, et de mauvais citoyens et de mauvais fidèles.