CHAPITRE XVII

De la puissance exécutrice dans la même république.

Si le peuple fut jaloux de sa puissance législative, il le fut moins

de sa puissance exécutrice. Il la laissa presque tout entière au sénat

et aux consuls, et il ne se réserva guère que le droit d'élire les

magistrats, et de confirmer les actes du sénat et des généraux.

Rome, dont la passion était de commander, dont l'ambition était de

tout soumettre, qui avait toujours usurpé, qui usurpait encore, avait

continuellement de grandes affaires; ses ennemis conjuraient contre

elle, ou elle conjurait contre ses ennemis.

Obligée de se conduire d'un côté avec un courage héroïque, et de

l'autre avec une sagesse consommée, l'état des choses demandait que le

sénat eût la direction des affaires. Le peuple disputait au sénat

toutes les branches de la puissance législative, parce qu'il était

jaloux de sa liberté; il ne lui disputait point les branches de la

puissance exécutrice, parce qu'il était jaloux de sa gloire.

La part que le sénat prenait à la puissance exécutrice était si

grande, que Polybe[295] dit que les étrangers pensaient tous que Rome

était une aristocratie. Le sénat disposait des deniers publics et

donnait les revenus à ferme; il était l'arbitre des affaires des

alliés; il décidait de la guerre et de la paix, et dirigeait à cet

égard les consuls; il fixait le nombre des troupes romaines et des

troupes alliées, distribuait les provinces et les armées aux consuls

ou aux préteurs; et, l'an du commandement expiré, il pouvait leur

donner un successeur; il décernait les triomphes; il recevait des

ambassades, et en envoyait; il nommait les rois, les récompensait, les

punissait, les jugeait, leur donnait ou leur faisait perdre le titre

d'alliés du peuple romain.

[295] Liv. VI.

Les consuls faisaient la levée des troupes qu'ils devaient mener à la

guerre; ils commandaient les armées de terre ou de mer, disposaient

des alliés; ils avaient dans les provinces toute la puissance de la

république; ils donnaient la paix aux peuples vaincus, leur en

imposaient les conditions, ou les renvoyaient au sénat.

Dans les premiers temps, lorsque le peuple prenait quelque part aux

affaires de la guerre et de la paix, il exerçait plutôt sa puissance

législative que sa puissance exécutrice; il ne faisait guère que

confirmer ce que les rois, et après eux les consuls ou le sénat,

avaient fait. Bien loin que le peuple fût l'arbitre de la guerre, nous

voyons que les consuls ou le sénat la faisaient souvent malgré

l'opposition de ses tribuns. Mais, dans l'ivresse des prospérités, il

augmenta sa puissance exécutrice. Ainsi il créa lui-même[296] les

tribuns des légions, que les généraux avaient nommés jusqu'alors; et,

quelque temps avant la première guerre punique, il régla qu'il aurait

seul le droit de déclarer la guerre[297].

[296] L'an de Rome 444. (TITE-LIVE, première décade, liv. IX.) La

guerre contre Persée paraissant périlleuse, un sénatus-consulte

ordonna que cette loi serait suspendue, et le peuple y consentit.

(TITE-LIVE, cinquième décade, liv. XLII.)

[297] Il l'arracha du sénat, dit Freinshemius.--Deuxième décade,

liv. VI.

Esprit des lois livres I à V, précédés d'une introduction de l'éditeur · 第 157 / 211 题