De la corruption du principe de la monarchie.
Comme les démocraties se perdent lorsque le peuple dépouille le sénat,
les magistrats et les juges de leurs fonctions, les monarchies se
corrompent lorsqu'on ôte peu à peu les prérogatives des corps ou les
privilèges des villes. Dans le premier cas, on va au despotisme de
tous; dans l'autre, au despotisme d'un seul.
«Ce qui perdit les dynasties de Tsin et de Soüi, dit un auteur
chinois, c'est qu'au lieu de se borner, comme les anciens, à une
inspection générale, seule digne du souverain, les princes voulurent
gouverner tout immédiatement par eux-mêmes[213].» L'auteur chinois
nous donne ici la cause de la corruption de presque toutes les
monarchies.
[213] Compilation d'ouvrages faits sous les Ming, rapportés par le
P. Duhalde.
La monarchie se perd lorsqu'un prince croit qu'il montre plus sa
puissance en changeant l'ordre des choses qu'en le suivant; lorsqu'il
ôte les fonctions naturelles des uns pour les donner arbitrairement à
d'autres; et lorsqu'il est plus amoureux de ses fantaisies que de ses
volontés.
La monarchie se perd lorsque le prince, rapportant tout uniquement à
lui, appelle l'État à sa capitale, la capitale à sa cour, et la cour à
sa seule personne.
Enfin elle se perd lorsqu'un prince méconnaît son autorité, sa
situation, l'amour de ses peuples, et lorsqu'il ne sent pas bien qu'un
monarque doit se juger en sûreté, comme un despote doit se croire en
péril.