CHAPITRE VI

De la corruption du principe de la monarchie.

Comme les démocraties se perdent lorsque le peuple dépouille le sénat,

les magistrats et les juges de leurs fonctions, les monarchies se

corrompent lorsqu'on ôte peu à peu les prérogatives des corps ou les

privilèges des villes. Dans le premier cas, on va au despotisme de

tous; dans l'autre, au despotisme d'un seul.

«Ce qui perdit les dynasties de Tsin et de Soüi, dit un auteur

chinois, c'est qu'au lieu de se borner, comme les anciens, à une

inspection générale, seule digne du souverain, les princes voulurent

gouverner tout immédiatement par eux-mêmes[213].» L'auteur chinois

nous donne ici la cause de la corruption de presque toutes les

monarchies.

[213] Compilation d'ouvrages faits sous les Ming, rapportés par le

P. Duhalde.

La monarchie se perd lorsqu'un prince croit qu'il montre plus sa

puissance en changeant l'ordre des choses qu'en le suivant; lorsqu'il

ôte les fonctions naturelles des uns pour les donner arbitrairement à

d'autres; et lorsqu'il est plus amoureux de ses fantaisies que de ses

volontés.

La monarchie se perd lorsque le prince, rapportant tout uniquement à

lui, appelle l'État à sa capitale, la capitale à sa cour, et la cour à

sa seule personne.

Enfin elle se perd lorsqu'un prince méconnaît son autorité, sa

situation, l'amour de ses peuples, et lorsqu'il ne sent pas bien qu'un

monarque doit se juger en sûreté, comme un despote doit se croire en

péril.

Esprit des lois livres I à V, précédés d'une introduction de l'éditeur · 第 124 / 211 题