CHAPITRE XVI

Belle coutume des Samnites.

Les Samnites avaient une coutume qui, dans une petite république, et

surtout dans la situation où était la leur, devait produire

d'admirables effets. On assemblait tous les jeunes gens, et on les

jugeait: celui qui était déclaré le meilleur de tous prenait pour sa

femme la fille qu'il voulait; celui qui avait les suffrages après lui

choisissait encore; et ainsi de suite[201]. Il était admirable de ne

regarder entre les biens des garçons que les belles qualités, et les

services rendus à la patrie. Celui qui était le plus riche de ces

sortes de biens choisissait une fille dans toute la nation. L'amour,

la beauté, la chasteté, la vertu, la naissance, les richesses même,

tout cela était, pour ainsi dire, la dot de la vertu. Il serait

difficile d'imaginer une récompense plus noble, plus grande, moins à

charge à un petit État, plus capable d'agir sur l'un et l'autre sexe.

[201] Fragm. de Nicolas de Damas, tiré de Stobée, dans le recueil

de Const. Porphyr.

Les Samnites descendaient des Lacédémoniens; et Platon, dont les

institutions ne sont que la perfection des lois de Lycurgue, donna à

peu près une pareille loi[202].

[202] Il leur permet même de se voir plus fréquemment. (PLATO, _de

Republica_, lib. V.)

Esprit des lois livres I à V, précédés d'une introduction de l'éditeur · 第 115 / 211 题