CHAPITRE XVII

De l'administration des femmes.

Il est contre la raison et contre la nature que les femmes soient

maîtresses dans la maison, comme cela était établi chez les Égyptiens;

mais il ne l'est pas qu'elles gouvernent un empire. Dans le premier

cas, l'état de faiblesse où elles sont ne leur permet pas la

prééminence; dans le second, leur faiblesse même leur donne plus de

douceur et de modération: ce qui peut faire un bon gouvernement plutôt

que les vertus dures et féroces.

Dans les Indes, on se trouve très bien du gouvernement des femmes; et

il est établi que, si les mâles ne viennent pas d'une mère du même

sang, les filles qui ont une mère du sang royal succèdent[203]. On

leur donne un certain nombre de personnes pour les aider à porter le

poids du gouvernement. Selon M. Smith[204], on se trouve aussi très

bien du gouvernement des femmes en Afrique. Si l'on ajoute à cela

l'exemple de la Moscovie et de l'Angleterre, on verra qu'elles

réussissent également, et dans le gouvernement modéré, et dans le

gouvernement despotique.

[203] _Lettres édifiantes_, quatorzième recueil.

[204] _Voyage de Guinée_, seconde partie, p. 165 de la traduction,

sur le royaume d'Angona, sur la côte d'Or.

Esprit des lois livres I à V, précédés d'une introduction de l'éditeur · 第 116 / 211 题