De l'administration des femmes.
Il est contre la raison et contre la nature que les femmes soient
maîtresses dans la maison, comme cela était établi chez les Égyptiens;
mais il ne l'est pas qu'elles gouvernent un empire. Dans le premier
cas, l'état de faiblesse où elles sont ne leur permet pas la
prééminence; dans le second, leur faiblesse même leur donne plus de
douceur et de modération: ce qui peut faire un bon gouvernement plutôt
que les vertus dures et féroces.
Dans les Indes, on se trouve très bien du gouvernement des femmes; et
il est établi que, si les mâles ne viennent pas d'une mère du même
sang, les filles qui ont une mère du sang royal succèdent[203]. On
leur donne un certain nombre de personnes pour les aider à porter le
poids du gouvernement. Selon M. Smith[204], on se trouve aussi très
bien du gouvernement des femmes en Afrique. Si l'on ajoute à cela
l'exemple de la Moscovie et de l'Angleterre, on verra qu'elles
réussissent également, et dans le gouvernement modéré, et dans le
gouvernement despotique.
[203] _Lettres édifiantes_, quatorzième recueil.
[204] _Voyage de Guinée_, seconde partie, p. 165 de la traduction,
sur le royaume d'Angona, sur la côte d'Or.