CHAPITRE XV

Des dots et des avantages nuptiaux dans les diverses constitutions.

Les dots doivent être considérables dans les monarchies, afin que les

maris puissent soutenir leur rang et le luxe établi. Elles doivent

être médiocres dans les républiques, où le luxe ne doit pas

régner[200]. Elles doivent être à peu près nulles dans les États

despotiques, où les femmes sont en quelque façon esclaves.

[200] Marseille fut la plus sage des républiques de son temps: les

dots ne pouvaient passer cent écus en argent, et cinq en habits,

dit Strabon, livre IV.

La communauté des biens, introduite par les lois françaises entre le

mari et la femme, est très convenable dans le gouvernement

monarchique, parce qu'elle intéresse les femmes aux affaires

domestiques, et les rappelle, comme malgré elles, au soin de leur

maison. Elle l'est moins dans la république, où les femmes ont plus de

vertu. Elle serait absurde dans les États despotiques, où presque

toujours les femmes sont elles-mêmes une partie de la propriété du

maître.

Comme les femmes, par leur état, sont assez portées au mariage, les

gains que la loi leur donne sur les biens de leur mari sont inutiles.

Mais ils seraient très pernicieux dans une république, parce que leurs

richesses particulières produisent le luxe. Dans les États

despotiques, les gains de noces doivent être leur subsistance, et rien

de plus.

Esprit des lois livres I à V, précédés d'une introduction de l'éditeur · 第 114 / 211 题