Fatale conséquence du luxe à la Chine.
On voit, dans l'histoire de la Chine, qu'elle a eu vingt-deux
dynasties qui se sont succédé; c'est-à-dire qu'elle a éprouvé
vingt-deux révolutions générales, sans compter une infinité de
particulières. Les trois premières dynasties durèrent assez longtemps,
parce qu'elles furent sagement gouvernées, et que l'empire était moins
étendu qu'il ne le fut depuis. Mais on peut dire, en général, que
toutes ces dynasties commencèrent assez bien. La vertu, l'attention,
la vigilance, sont nécessaires à la Chine: elles y étaient dans le
commencement des dynasties, et elles manquaient à la fin. En effet, il
était naturel que des empereurs nourris dans les fatigues de la
guerre, qui parvenaient à faire descendre du trône une famille noyée
dans les délices, conservassent la vertu qu'ils avaient éprouvée si
utile, et craignissent les voluptés qu'ils avaient vues si funestes.
Mais, après ces trois ou quatre premiers princes, la corruption, le
luxe, l'oisiveté, les délices, s'emparent des successeurs; ils
s'enferment dans le palais; leur esprit s'affaiblit, leur vie
s'accourcit, la famille décline; les grands s'élèvent, les eunuques
s'accréditent, on ne met sur le trône que des enfants; le palais
devient ennemi de l'empire; un peuple oisif, qui l'habite, ruine celui
qui travaille; l'empereur est tué ou détruit par un usurpateur, qui
fonde une famille, dont le troisième ou quatrième successeur va dans
le même palais se renfermer encore.