Dans quels cas les lois somptuaires sont utiles dans une monarchie.
Ce fut dans l'esprit de la république, ou dans quelques cas
particuliers, qu'au milieu du treizième siècle on fit en Aragon des
lois somptuaires. Jacques Ier ordonna que le roi ni aucun de ses
sujets ne pourraient manger plus de deux sortes de viandes à chaque
repas, et que chacune ne serait préparée que d'une seule manière, à
moins que ce ne fût du gibier qu'on eût tué soi-même[173].
[173] Constitution de Jacques Ier, l'an 1234, art. 6, dans Marca,
_Hisp._, p. 1439.
On fait aussi de nos jours en Suède des lois somptuaires; mais elles
ont un objet différent de celles d'Aragon.
Un État peut faire des lois somptuaires dans l'objet d'une frugalité
absolue: c'est l'esprit des lois somptuaires des républiques; et la
nature de la chose fait voir que ce fut l'objet de celles d'Aragon.
Les lois somptuaires peuvent avoir aussi pour objet une frugalité
relative: lorsqu'un État, sentant que des marchandises étrangères d'un
trop haut prix demanderaient une telle exportation des siennes, qu'il
se priverait plus de ses besoins par celle-ci qu'il n'en satisferait
par celles-là, en défend absolument l'entrée; et c'est l'esprit des
lois que l'on a faites de nos jours en Suède[174]. Ce sont les seules
lois somptuaires qui conviennent aux monarchies.
[174] On y a défendu les vins exquis, et autres marchandises
précieuses.
En général, plus un État est pauvre, plus il est ruiné par son luxe
relatif; et plus par conséquent il lui faut des lois somptuaires
relatives. Plus un État est riche, plus son luxe relatif l'enrichit;
et il faut bien se garder d'y faire des lois somptuaires relatives.
Nous expliquerons mieux ceci dans le livre sur le commerce[175]. Il
n'est ici question que du luxe absolu.
[175] Voyez liv. XX.