Des lois somptuaires dans l'aristocratie.
L'aristocratie mal constituée a ce malheur que les nobles y ont les
richesses, et que cependant ils ne doivent pas dépenser; le luxe,
contraire à l'esprit de modération, en doit être banni. Il n'y a donc
que des gens très pauvres qui ne peuvent pas recevoir, et des gens
très riches qui ne peuvent pas dépenser.
A Venise, les lois forcent les nobles à la modestie. Ils se sont
tellement accoutumés à l'épargne, qu'il n'y a que les courtisanes qui
puissent leur faire donner de l'argent. On se sert de cette voie pour
entretenir l'industrie: les femmes les plus méprisables y dépensent
sans danger, pendant que leurs tributaires y mènent la vie du monde la
plus obscure.
Les bonnes républiques grecques avaient à cet égard des institutions
admirables. Les riches employaient leur argent en fêtes, en choeurs de
musique, en chariots, en chevaux pour la course, en magistratures
onéreuses. Les richesses y étaient aussi à charge que la pauvreté.