Que l'honneur n'est point le principe des États despotiques.
Ce n'est point l'honneur qui est le principe des États despotiques:
les hommes y étant tous égaux, on n'y peut se préférer aux autres; les
hommes y étant tous esclaves, on n'y peut se préférer à rien.
De plus, comme l'honneur a ses lois et ses règles, et qu'il ne saurait
plier; qu'il dépend bien de son propre caprice, et non pas de celui
d'un autre, il ne peut se trouver que dans des États où la
constitution est fixe, et qui ont des lois certaines.
Comment serait-il souffert chez le despote? Il fait gloire de mépriser
la vie, et le despote n'a de force que parce qu'il peut l'ôter.
Comment pourrait-il souffrir le despote? Il a des règles suivies et
des caprices soutenus; le despote n'a aucune règle, et ses caprices
détruisent tous les autres.
L'honneur, inconnu aux États despotiques, où même souvent on n'a pas
de mot pour l'exprimer[M43], règne dans les monarchies; il y donne la
vie à tout le corps politique, aux lois et aux vertus mêmes.
[M43] Voyez Perry, page 447.