Du principe de la monarchie.
Ainsi dans les monarchies bien réglées, tout le monde sera à peu près
bon citoyen, et on trouvera rarement quelqu'un qui soit homme de bien;
car, pour être homme de bien[M42], il faut avoir intention de l'être,
et aimer l'État moins pour soi que pour lui-même.
[M42] Ce mot _homme de bien_ ne s'entend ici que dans un sens
politique.
Le gouvernement monarchique suppose, comme nous avons dit, des
prééminences, des rangs, et même une noblesse d'origine. La nature de
l'honneur est de demander des préférences et des distinctions[C52]: il
est donc, par la chose même, placé dans ce gouvernement.
L'ambition est pernicieuse dans une république: elle a de bons effets
dans la monarchie; elle donne la vie à ce gouvernement; et on y a cet
avantage qu'elle n'y est pas dangereuse, parce qu'elle y peut être
sans cesse réprimée.
Vous diriez qu'il en est comme du système de l'univers, où il y a une
force qui éloigne sans cesse du centre tous les corps, et une force de
pesanteur qui les y ramène. L'honneur fait mouvoir toutes les parties
du corps politique, il les lie par son action même, et il se trouve
que chacun va au bien commun, croyant aller à ses intérêts
particuliers.
Il est vrai que, philosophiquement parlant, c'est un honneur faux qui
conduit toutes les parties de l'État; mais cet honneur faux est aussi
utile au public que le vrai le serait aux particuliers qui pourraient
l'avoir.
Et n'est-ce pas beaucoup d'obliger les hommes à faire toutes les
actions difficiles et qui demandent de la force, sans autre récompense
que le bruit de ces actions?