CHAPITRE VII

Du principe de la monarchie.

Ainsi dans les monarchies bien réglées, tout le monde sera à peu près

bon citoyen, et on trouvera rarement quelqu'un qui soit homme de bien;

car, pour être homme de bien[M42], il faut avoir intention de l'être,

et aimer l'État moins pour soi que pour lui-même.

[M42] Ce mot _homme de bien_ ne s'entend ici que dans un sens

politique.

Le gouvernement monarchique suppose, comme nous avons dit, des

prééminences, des rangs, et même une noblesse d'origine. La nature de

l'honneur est de demander des préférences et des distinctions[C52]: il

est donc, par la chose même, placé dans ce gouvernement.

L'ambition est pernicieuse dans une république: elle a de bons effets

dans la monarchie; elle donne la vie à ce gouvernement; et on y a cet

avantage qu'elle n'y est pas dangereuse, parce qu'elle y peut être

sans cesse réprimée.

Vous diriez qu'il en est comme du système de l'univers, où il y a une

force qui éloigne sans cesse du centre tous les corps, et une force de

pesanteur qui les y ramène. L'honneur fait mouvoir toutes les parties

du corps politique, il les lie par son action même, et il se trouve

que chacun va au bien commun, croyant aller à ses intérêts

particuliers.

Il est vrai que, philosophiquement parlant, c'est un honneur faux qui

conduit toutes les parties de l'État; mais cet honneur faux est aussi

utile au public que le vrai le serait aux particuliers qui pourraient

l'avoir.

Et n'est-ce pas beaucoup d'obliger les hommes à faire toutes les

actions difficiles et qui demandent de la force, sans autre récompense

que le bruit de ces actions?

Esprit des lois livres I à V, précédés d'une introduction de l'éditeur · 第 42 / 211 题