Du mouvement intellectuel en Bretagne.
=Archéologie.--Histoire.--Littérature.--Arts.--L'Association bretonne.=
Ce serait un lieu commun aujourd'hui de faire remarquer le développement
des études historiques en France; ce qu'il importe de constater, c'est le
caractère sérieux qu'elles ont pris depuis quelques années. Lors du
mouvement romantique de la Restauration, on s'éprit avec enthousiasme des
vieilles chroniques et des légendes; mais cette ardeur nouvelle tenait plus
au plaisir de découvrir des sujets et des tableaux curieux et pittoresques
qu'à un amour sincère et désintéressé de la vérité. Ce fut le temps des
romans historiques, des drames aux passions violentes, où l'imagination
suppléait à la demi-science des auteurs, et où la fantaisie était si
intimement mêlée à l'histoire, qu'il était difficile de faire la part de la
réalité et de la fiction. Le siècle était en sa jeunesse, il faisait de la
poésie, non de l'histoire.
Ce moment de première fièvre est passé: l'époque de la maturité est
arrivée, et, avec la maturité, la gravité des études et de la pensée. Les
hommes que nous voyons aujourd'hui à l'oeuvre, ont, dans leurs travaux, une
suite et une expérience qui les décèle hommes faits; ils ne se contentent
plus des premières impressions, il leur faut quelque chose de précis et
d'exact, le vrai; l'histoire de leur pays a pour eux un vif intérêt, ils
veulent connaître les moeurs du passé, ses usages, ses arts, ses grands
hommes, ses origines: de là, le développement des études archéologiques,
études qui appartiennent plus particulièrement à la province.
I
Archéologie et histoire.
L'archéologie, c'est l'histoire de détail. De même que l'histoire
naturelle, en grandissant, s'est divisée et subdivisée en une multitude de
branches: géologie, anatomie comparée, paléontologie, embryogénie, etc.,
l'histoire, à mesure qu'elle a étendu son domaine, a été obligée de le
répartir entre plusieurs mains: les époques ont été classées, et, dans
chaque époque, les faits, les institutions, les monuments, les usages, les
lois: architecture civile et religieuse, peinture et sculpture, vitraux et
boiseries, émaux, carreaux historiés, vieilles chartes, chroniques et
légendes, voilà l'archéologie, et chacun de ces sujets suffit à absorber la
vie de plusieurs savants.
Une véritable armée d'érudits s'est répandue sur le vaste champ de
l'histoire, le fouillant à l'envi, ne laissant rien de côté. Bientôt ils
n'ont plus travaillé séparément, ils se sont réunis; partout des sociétés
d'antiquaires se sont formées, et, tout d'abord, elles se sont signalées
par un éminent service, dont on ne saurait se montrer assez reconnaissant;
elles ont conservé nos vieux monuments. Il y avait une horde de
démolisseurs que l'opinion stigmatisait du nom de _bande noire_, mais qui
n'en continuait pas moins son oeuvre indigne, et faisait tomber
incessamment sur les églises et les châteaux le marteau de la destruction.
C'est contre cette horde qu'entreprirent de lutter les antiquaires; ils se
placèrent devant les monuments menacés, et déclarèrent qu'ils étaient là
pour les défendre. Le public était indifférent; ils le réveillèrent, en lui
expliquant ce qu'étaient ces vieux débris qu'il ne regardait même pas, ils
accumulèrent les recherches, répandirent la connaissance du moyen âge,
développèrent le goût; ils firent l'éducation de la bourgeoisie en art, en
histoire. L'argent manquait, ils contribuèrent de leur bourse; ils étaient
sans soutien, ils firent appel aux sympathies, au souvenir des gloires
nationales. Le gouvernement ne put se dispenser de leur venir en aide, il
leur donna une part de son budget; il mit son sceau sur les monuments,
comme on couvre d'un manteau un pauvre. Devant cette protection inattendue,
la _bande noire_ recula, et ainsi furent sauvés de la ruine, conservés et
restaurés, une foule de chefs-d'oeuvre dont le sol de la France est
couvert, que l'on dédaignait, que l'on ne connaissait pas, et qui font
aujourd'hui l'objet de l'admiration des artistes, et des études des
savants.
On ne croit pas être injuste envers les autres contrées de la France en
disant que la Bretagne se distingue entre toutes par son zèle pour les
études historiques. Dans toutes les villes importantes, il existe une
société archéologique; il n'est pas un bourg, pour ainsi dire, où ne vive
un de ces patients, modestes et infatigables _chercheurs de pistes_, qui
s'appliquent à une partie spéciale de l'histoire de leur pays et l'étudient
à fond: ainsi, M. Bizeul, de Blain, qui vient de mourir, a pris les voies
romaines, sur lesquelles il a émis parfois des hypothèses discutables,
mais, souvent aussi, des vues justes et perspicaces; M. Ramé, de Rennes,
les carreaux historiés; M. Etiennez, les archives de Nantes; M. du
Châtellier, de Quimperlé, les curiosités archéologiques de son pays; M.
Durocher, de Rennes, la carte géologique de Bretagne.
Le véritable centre de l'archéologie est le Morbihan, le classique pays des
dolmens et des menhirs; là, à Carnac, en face des immenses alignements de
pierres debout, à proximité de Locmariaker, un jeune érudit, M. de
Keranflec'h, savant dans les origines et dans la langue de sa patrie,
cherche à expliquer les monuments druidiques au milieu desquels il vit et à
en déchiffrer le sens. Un examen attentif et persévérant, une rare
perspicacité lui ont inspiré un système ingénieux, sinon certain, du moins
probable, sur cet immense amas de pierres symboliques, qui, comme le
sphinx, posent à la science une énigme dont jusqu'ici elles ont gardé le
secret.
La société archéologique de Vannes est fort active: elle a fondé un musée,
et elle compte des antiquaires connus par de nombreux travaux: M.
Lallemand, qui s'occupe surtout de l'art aux premiers temps du
christianisme; M. Rosenzweig, de la recherche des anciennes chartes et des
archives; M. le docteur Halleguen, de Châteaulin, des antiquités romaines;
plusieurs ecclésiastiques, M. l'abbé Marot, qui s'est appliqué aux
antiquités celtiques; M. l'abbé Piederrière, à l'art du moyen âge; M. de La
Morvonnais, enfin, qui a écrit sur l'architecture romaine en Bretagne un
livre où les appréciations d'une critique fine et juste se joignent aux
vues d'ensemble, et que l'Institut a couronné. Les numismates, de leur
côté, éclairent les points obscurs de l'histoire de leur province. A
Morlaix, c'est M. Lemière, à Rennes, M. Bigot; M. Bigot a publié et
commenté toutes les monnaies de Bretagne, dans un volume qui lui a valu les
distinctions des académies. A Fontenay, qui, par sa position, est une ville
plutôt poitevine que bretonne, mais qui, par ses inclinations, se rattache
à la Bretagne, habite un autre numismate, M. Fillon; mais M. Fillon n'est
pas uniquement savant en médailles; il a rassemblé et publié déjà, en
partie, une multitude de chartes, de pièces relatives à la Bretagne, à
l'histoire de la Révolution et à la guerre de la Vendée. C'est à la fois un
fureteur et un collectionneur, mais sans l'étroitesse d'idées qui
accompagne souvent ces goûts exclusifs. De la masse de documents qu'il
amasse il tire des déductions générales; aussi ses travaux ont-ils porté
son nom hors de la province: ce n'est plus un savant de l'Ouest; Paris le
connaît, et la Société royale de Londres l'a nommé son correspondant.
D'autres, comme M. du Laurens de La Barre ou le docteur Fouquet,
recueillent les légendes populaires: La Fontaine avait bien raison de dire:
Si _Peau d'âne_ m'était conté,
J'y prendrais un plaisir extrême.
Quoi de plus attachant, en effet, que ces récits légendaires où se révèlent
les usages du peuple, ses traditions, ses croyances, ses superstitions, où
sont si bien unis le diable à l'homme et les saints aux affaires de la
terre, que le lecteur, entrevoyant vaguement ce qu'il y a de vrai, sans
pouvoir le préciser, jouit à la fois de la poésie du rêve et du mystérieux
attrait de l'inconnu? Bien plus, jusqu'à quel point ne croyons-nous pas
nous-mêmes à ces histoires fantastiques? on ne saurait le dire. En voyant
la bonne foi, le ton sérieux et convaincu du narrateur, en l'entendant
citer ses témoins, accumuler ses preuves, désigner du doigt les monuments
du récit, on se demande qui se trompe ici, et si ce peuple, qui tout entier
atteste la vérité de ces faits, n'a pas plus de bon sens que le sceptique
qui en rit. Il va sans dire que MM. Fouquet et du Laurens de la Barre ne
sont que les rapporteurs de ces légendes: M. de la Barre est plus
littéraire et plus moraliste, M. le docteur Fouquet plus naïf; il ne raille
pas, on voit qu'il sait parfois à quoi s'en tenir, mais il ne fait pas de
réflexion qui vous désenchante; au contraire, il a le respect de ces
moeurs, de ces croyances; il vénère les vieilles pierres, les lieux de
pèlerinage, il raconte, comme un homme qui se plaît à ce qu'il raconte, et
l'on se plaît à l'écouter[1].
[Note 1: Voir l'_Appendice_.]
La légende tient à la fois du conte, de l'archéologie et de l'histoire;
elle sert de transition à l'histoire proprement dite: cette vieille
province de Bretagne a conservé, avec sa foi, ses costumes et sa langue, un
profond sentiment national, et l'histoire est pour elle une manière de
témoigner de son respect pour les ancêtres. L'histoire de la Bretagne,
depuis les temps les plus reculés, a été examinée, discutée et racontée
sous toutes les formes: monographies de villes, biographies d'hommes
illustres, vies des saints, descriptions topographiques. Les ouvrages
publiés récemment sont presque innombrables: en première ligne, la
_Biographie bretonne_, entreprise il y a déjà plusieurs années, par un
savant dévoué et infatigable, M. Levot, bibliothécaire de la marine à
Brest, qui, avec le concours de tout ce qu'il y a en Bretagne d'hommes
instruits, a retrouvé dans les chartes, dans les archives et les papiers de
famille, des faits ignorés, relatifs à des citoyens éminents oubliés ou
méconnus, et dressé comme un inventaire complet de toutes les illustrations
de sa patrie; puis, sous une forme plus scientifique, une autre histoire de
la Bretagne, _les Anciens évêchés de Bretagne_, par MM. Geslin de Bourgogne
et An. de Barthélemy, un des ouvrages les plus considérables qui aient été
publiés depuis longtemps par les départements. _Les Évêchés de Bretagne_
n'auront pas moins de quatre gros volumes et un atlas de planches
représentant les types de l'architecture religieuse, civile et militaire:
histoire générale, histoire de chaque diocèse, de ses évêques, de ses
établissements religieux, des villes, des fiefs, des paroisses, etc. C'est
une revue exacte des événements et des institutions, un véritable monument
élevé à l'ancienne Bretagne.
A côté de ces grandes oeuvres, voici une foule d'études spéciales: tandis
que d'excellents érudits écrivent l'histoire de leur ville natale ou la vie
de ses grands hommes, M. Ropartz, la _Vie de saint Yves_, patron de la
Bretagne, l'_Histoire de Guingamp_ et celle _des Missionnaires et
Fondateurs d'ordres religieux_ en Bretagne; M. l'abbé Mouillard, la _Vie de
saint Vincent Ferrier_; M. de La Bigne-Villeneuve, l'_Histoire de Rennes_,
et M. Cunat, de Saint-Malo, la Biographie de ces marins magnanimes, de ces
vaillants corsaires, Suffren, Surcouf, du Guay-Trouin, qui s'élançaient,
comme des milans de leur aire, de ce port fatal aux Anglais; d'autres
approfondissent les questions les plus difficiles et les plus ardues: M. A.
de Blois, de Quimper, les _Origines du droit breton_; M. A. de Courson, le
_Cartulaire de Redon_; M. du Fougeroux, de Fontenay, les _Premiers temps de
l'Histoire du Poitou_. M. Marteville, de Rennes, publie une nouvelle
édition de l'ouvrage classique sur la Bretagne, le _Dictionnaire d'Ogée_;
et, à la pointe la plus éloignée de l'Armorique, à Saint-Pol de Léon,
petite ville qui fut autrefois un évêché, et qui aujourd'hui est presque
déserte, un savant généalogiste, M. Pol de Courcy, auteur du _Dictionnaire
héraldique de la Bretagne_, fait paraître un magnifique Album de miniatures
(_fac simile_) du XVe siècle, le _Combat des Trente_, accompagné de
documents puisés aux sources les plus authentiques sur les héros de cette
lutte homérique, dont le glorieux souvenir est consacré par l'obélisque de
la lande de _Mi-Voie_.
Dans les grandes villes, les ressources d'érudition permettent
d'entreprendre des ouvrages étendus, comme les _Annales universelles_ de M.
Fourmont, à Nantes, immense volume in-folio divisé en quinze ou vingt
colonnes, où viennent se ranger côte à côte tous les peuples de la terre,
depuis la création du monde. Il est facile de faire ces sortes de tables
synoptiques; mais ce qui est moins aisé, et ce qui donne au livre de M.
Fourmont une valeur sérieuse, c'est qu'il l'a composé à un point de vue
scientifique. Il y a là plusieurs années de recherches laborieuses et une
lecture immense: il est au courant de toutes les découvertes modernes, des
travaux des savants de l'Europe et des savants de Calcutta; Zend des
Persans, monuments du Mexique, Védas des Indiens et Kings des Chinois, lui
sont aussi familiers que les traditions celtiques et les Eddas des
Scandinaves; aussi, à la lueur de ce faisceau de lumières jaillissant de
tous les points, il a, on n'ose dire débrouillé, mais éclairé le chaos des
premiers temps, la séparation des peuples, leurs origines, leurs parentés,
leurs migrations. Puis, après que, dans cette première partie, il a fait un
rapide précis des événements, il reprend chaque période, il en écrit
l'histoire morale: religions, langues, moeurs, institutions, philosophies,
etc., dans la même forme synoptique, de manière à donner à la fois le
spectacle de la marche de chaque peuple séparément, et du mouvement général
de l'humanité, jusqu'au jour où le vieux monde vient, comme un grand
fleuve, se jeter, se confondre et s'épurer dans le christianisme.
Là aussi, dans ces centres intellectuels, à Rennes, à Nantes, les études
historiques ont une physionomie plus vive; on y livre des batailles
d'érudition. Les écrivains bretons, avec leur opiniâtreté passée en
proverbe, et leur franchise ardente, qui n'est pas moins remarquable quand
ils traitent un point d'histoire contesté, prennent aussitôt les armes,
attaquent et poussent devant eux, et frappent à coups redoublés tout
historien coupable d'erreur, jusqu'à ce qu'il tombe abattu. Ainsi, à
Rennes, M. Vert, M. de Kerdrel, qui a montré si clairement, si fortement,
le véritable esprit de la _Réforme en Bretagne_, à l'occasion de
l'_Histoire de la ligue en Bretagne_, par M. Grégoire; à Nantes, MM. Biré
et Guéraud; à Vitré, M. de la Borderie. M. Biré s'est attaché à l'_Histoire
de la Révolution_ de M. Michelet, qui avait touché à la Bretagne et à la
Vendée, et il a fait de ce livre, d'une main aussi ferme que sûre, une
dissection qui ne laisse rien de côté: omissions, oublis volontaires,
silence sur les atrocités des républicains, exagérations emportées; il a
montré à nu la faiblesse et la partialité de cet écrivain, naguère
noblement inspiré, aujourd'hui troublé par le fanatisme, qui ne recherche
pas la vérité, mais qui se passionne, qui ne raconte pas, mais qui plaide,
qui ne peint pas, mais qui combat. M. Biré discute et écrit, comme on
devrait toujours le faire, avec force, convenance, érudition et émotion.
M. Arm. Guéraud, correspondant du ministère pour les monuments historiques,
est à la fois écrivain, antiquaire, libraire, imprimeur: intelligence vive,
ouverte à tout, instruit en beaucoup de choses, il connaît très-bien sa
province, hommes, livres, sol, monuments; il a publié sur plusieurs parties
de l'histoire de son pays des notices importantes, entre autres celle sur
le _maréchal de Raiz_, le faux Barbe-Bleue de nos contes, où, les pièces du
procès en main, il a rectifié les erreurs populaires et montré, telle
qu'elle était réellement, cette dure, vigoureuse et violente figure, sorte
de Claude Frollo laïc, mélange de vices affreux et de brillantes qualités,
courage, science, passions sauvages et cruauté de damné. Nul historien ne
pourra désormais se passer de consulter l'ouvrage de M. Guéraud. Un livre
plus important encore est le recueil des _Chansons de la Bretagne et du
Poitou_ depuis les temps les plus reculés, recueil composé de plus de douze
cents chansons, qui donne sur les moeurs, les usages, les coutumes et la
langue des détails souvent négligés par les historiens, et singulièrement
propres à compléter la physionomie d'un peuple.
Mais le plus savant des historiens bretons est M. de la Borderie, ancien
élève de l'École des chartes, que le gouvernement a chargé de dresser le
catalogue raisonné des archives et des pièces historiques de l'ancienne
chambre des comptes de Nantes. Outre un grand nombre de fragments sur les
points les plus obscurs de l'histoire de la Bretagne, M. de la Borderie a
écrit l'histoire de la _Conspiration de Pontcallec_, un des épisodes les
plus dramatiques de la lutte que la Bretagne n'a cessé de soutenir contre
l'ancienne monarchie pour le maintien de ses privilèges. On ne peut nier
que ce récit ne soit fait dans un esprit de nationalité exclusif; mais un
intérêt puissant s'attache à cette histoire, intérêt qui tient au talent
original de l'auteur. Il n'a aucune prétention, il ne cherche pas les
phrases à effet; on voit un homme préoccupé, avant tout, de montrer la
vérité, et qui, la trouvant si contraire à ce que l'on a cru et écrit
jusqu'ici, et si favorable à sa patrie, s'anime en vous la démontrant. Il
est heureux et fier, comme il le dit quelque part, de publier des pièces si
glorieuses pour son pays; il devient éloquent, et son émotion sincère gagne
le lecteur; on partage son indignation ou sa pitié. Au milieu de ce récit
net, ordonné, qui marche droit à son but et ne s'avance qu'à mesure que le
terrain est bien affermi, le Breton se reconnaît: il a parfois des
railleries et des sourires goguenards qui rappellent l'esprit gaulois, et
pour lesquels il y a un mot gaulois aussi et expressif, le mot _gouailler_.
Il est, de plus, doué à un éminent degré de la finesse bretonne, plus
habile et plus déliée que la finesse normande si vantée. Il vous présente
les choses d'une telle façon qu'il vous fait presque toujours conclure avec
lui, et ce n'est que plus tard, en y refléchissant, que l'on s'étonne
d'être allé si loin dans son sens. Il faut le dire: quelque étrange que
puisse paraître une telle assertion au monde littéraire parisien, cette
histoire de la _Conspiration de Pontcallec_, par M. de la Borderie, est
supérieure à bien des oeuvres publiées à Paris, signées de noms illustres
et vantées comme des chefs-d'oeuvre. On y trouve, à côté d'une érudition
large et sûre, l'amour du sujet, l'agrément de la narration, la lucidité de
la composition, la conscience de l'historien. Avec de telles qualités, M.
de la Borderie n'a pas fait seulement ce que l'on nomme aujourd'hui si
facilement et si vaguement un _beau livre_, il a fait un bon livre, un
livre vrai, qui a épuisé le sujet et qu'on ne refera plus. On ne saurait
mieux louer un historien.