XIV

Du mouvement intellectuel en Bretagne.

=Archéologie.--Histoire.--Littérature.--Arts.--L'Association bretonne.=

Ce serait un lieu commun aujourd'hui de faire remarquer le développement

des études historiques en France; ce qu'il importe de constater, c'est le

caractère sérieux qu'elles ont pris depuis quelques années. Lors du

mouvement romantique de la Restauration, on s'éprit avec enthousiasme des

vieilles chroniques et des légendes; mais cette ardeur nouvelle tenait plus

au plaisir de découvrir des sujets et des tableaux curieux et pittoresques

qu'à un amour sincère et désintéressé de la vérité. Ce fut le temps des

romans historiques, des drames aux passions violentes, où l'imagination

suppléait à la demi-science des auteurs, et où la fantaisie était si

intimement mêlée à l'histoire, qu'il était difficile de faire la part de la

réalité et de la fiction. Le siècle était en sa jeunesse, il faisait de la

poésie, non de l'histoire.

Ce moment de première fièvre est passé: l'époque de la maturité est

arrivée, et, avec la maturité, la gravité des études et de la pensée. Les

hommes que nous voyons aujourd'hui à l'oeuvre, ont, dans leurs travaux, une

suite et une expérience qui les décèle hommes faits; ils ne se contentent

plus des premières impressions, il leur faut quelque chose de précis et

d'exact, le vrai; l'histoire de leur pays a pour eux un vif intérêt, ils

veulent connaître les moeurs du passé, ses usages, ses arts, ses grands

hommes, ses origines: de là, le développement des études archéologiques,

études qui appartiennent plus particulièrement à la province.

I

Archéologie et histoire.

L'archéologie, c'est l'histoire de détail. De même que l'histoire

naturelle, en grandissant, s'est divisée et subdivisée en une multitude de

branches: géologie, anatomie comparée, paléontologie, embryogénie, etc.,

l'histoire, à mesure qu'elle a étendu son domaine, a été obligée de le

répartir entre plusieurs mains: les époques ont été classées, et, dans

chaque époque, les faits, les institutions, les monuments, les usages, les

lois: architecture civile et religieuse, peinture et sculpture, vitraux et

boiseries, émaux, carreaux historiés, vieilles chartes, chroniques et

légendes, voilà l'archéologie, et chacun de ces sujets suffit à absorber la

vie de plusieurs savants.

Une véritable armée d'érudits s'est répandue sur le vaste champ de

l'histoire, le fouillant à l'envi, ne laissant rien de côté. Bientôt ils

n'ont plus travaillé séparément, ils se sont réunis; partout des sociétés

d'antiquaires se sont formées, et, tout d'abord, elles se sont signalées

par un éminent service, dont on ne saurait se montrer assez reconnaissant;

elles ont conservé nos vieux monuments. Il y avait une horde de

démolisseurs que l'opinion stigmatisait du nom de _bande noire_, mais qui

n'en continuait pas moins son oeuvre indigne, et faisait tomber

incessamment sur les églises et les châteaux le marteau de la destruction.

C'est contre cette horde qu'entreprirent de lutter les antiquaires; ils se

placèrent devant les monuments menacés, et déclarèrent qu'ils étaient là

pour les défendre. Le public était indifférent; ils le réveillèrent, en lui

expliquant ce qu'étaient ces vieux débris qu'il ne regardait même pas, ils

accumulèrent les recherches, répandirent la connaissance du moyen âge,

développèrent le goût; ils firent l'éducation de la bourgeoisie en art, en

histoire. L'argent manquait, ils contribuèrent de leur bourse; ils étaient

sans soutien, ils firent appel aux sympathies, au souvenir des gloires

nationales. Le gouvernement ne put se dispenser de leur venir en aide, il

leur donna une part de son budget; il mit son sceau sur les monuments,

comme on couvre d'un manteau un pauvre. Devant cette protection inattendue,

la _bande noire_ recula, et ainsi furent sauvés de la ruine, conservés et

restaurés, une foule de chefs-d'oeuvre dont le sol de la France est

couvert, que l'on dédaignait, que l'on ne connaissait pas, et qui font

aujourd'hui l'objet de l'admiration des artistes, et des études des

savants.

On ne croit pas être injuste envers les autres contrées de la France en

disant que la Bretagne se distingue entre toutes par son zèle pour les

études historiques. Dans toutes les villes importantes, il existe une

société archéologique; il n'est pas un bourg, pour ainsi dire, où ne vive

un de ces patients, modestes et infatigables _chercheurs de pistes_, qui

s'appliquent à une partie spéciale de l'histoire de leur pays et l'étudient

à fond: ainsi, M. Bizeul, de Blain, qui vient de mourir, a pris les voies

romaines, sur lesquelles il a émis parfois des hypothèses discutables,

mais, souvent aussi, des vues justes et perspicaces; M. Ramé, de Rennes,

les carreaux historiés; M. Etiennez, les archives de Nantes; M. du

Châtellier, de Quimperlé, les curiosités archéologiques de son pays; M.

Durocher, de Rennes, la carte géologique de Bretagne.

Le véritable centre de l'archéologie est le Morbihan, le classique pays des

dolmens et des menhirs; là, à Carnac, en face des immenses alignements de

pierres debout, à proximité de Locmariaker, un jeune érudit, M. de

Keranflec'h, savant dans les origines et dans la langue de sa patrie,

cherche à expliquer les monuments druidiques au milieu desquels il vit et à

en déchiffrer le sens. Un examen attentif et persévérant, une rare

perspicacité lui ont inspiré un système ingénieux, sinon certain, du moins

probable, sur cet immense amas de pierres symboliques, qui, comme le

sphinx, posent à la science une énigme dont jusqu'ici elles ont gardé le

secret.

La société archéologique de Vannes est fort active: elle a fondé un musée,

et elle compte des antiquaires connus par de nombreux travaux: M.

Lallemand, qui s'occupe surtout de l'art aux premiers temps du

christianisme; M. Rosenzweig, de la recherche des anciennes chartes et des

archives; M. le docteur Halleguen, de Châteaulin, des antiquités romaines;

plusieurs ecclésiastiques, M. l'abbé Marot, qui s'est appliqué aux

antiquités celtiques; M. l'abbé Piederrière, à l'art du moyen âge; M. de La

Morvonnais, enfin, qui a écrit sur l'architecture romaine en Bretagne un

livre où les appréciations d'une critique fine et juste se joignent aux

vues d'ensemble, et que l'Institut a couronné. Les numismates, de leur

côté, éclairent les points obscurs de l'histoire de leur province. A

Morlaix, c'est M. Lemière, à Rennes, M. Bigot; M. Bigot a publié et

commenté toutes les monnaies de Bretagne, dans un volume qui lui a valu les

distinctions des académies. A Fontenay, qui, par sa position, est une ville

plutôt poitevine que bretonne, mais qui, par ses inclinations, se rattache

à la Bretagne, habite un autre numismate, M. Fillon; mais M. Fillon n'est

pas uniquement savant en médailles; il a rassemblé et publié déjà, en

partie, une multitude de chartes, de pièces relatives à la Bretagne, à

l'histoire de la Révolution et à la guerre de la Vendée. C'est à la fois un

fureteur et un collectionneur, mais sans l'étroitesse d'idées qui

accompagne souvent ces goûts exclusifs. De la masse de documents qu'il

amasse il tire des déductions générales; aussi ses travaux ont-ils porté

son nom hors de la province: ce n'est plus un savant de l'Ouest; Paris le

connaît, et la Société royale de Londres l'a nommé son correspondant.

D'autres, comme M. du Laurens de La Barre ou le docteur Fouquet,

recueillent les légendes populaires: La Fontaine avait bien raison de dire:

Si _Peau d'âne_ m'était conté,

J'y prendrais un plaisir extrême.

Quoi de plus attachant, en effet, que ces récits légendaires où se révèlent

les usages du peuple, ses traditions, ses croyances, ses superstitions, où

sont si bien unis le diable à l'homme et les saints aux affaires de la

terre, que le lecteur, entrevoyant vaguement ce qu'il y a de vrai, sans

pouvoir le préciser, jouit à la fois de la poésie du rêve et du mystérieux

attrait de l'inconnu? Bien plus, jusqu'à quel point ne croyons-nous pas

nous-mêmes à ces histoires fantastiques? on ne saurait le dire. En voyant

la bonne foi, le ton sérieux et convaincu du narrateur, en l'entendant

citer ses témoins, accumuler ses preuves, désigner du doigt les monuments

du récit, on se demande qui se trompe ici, et si ce peuple, qui tout entier

atteste la vérité de ces faits, n'a pas plus de bon sens que le sceptique

qui en rit. Il va sans dire que MM. Fouquet et du Laurens de la Barre ne

sont que les rapporteurs de ces légendes: M. de la Barre est plus

littéraire et plus moraliste, M. le docteur Fouquet plus naïf; il ne raille

pas, on voit qu'il sait parfois à quoi s'en tenir, mais il ne fait pas de

réflexion qui vous désenchante; au contraire, il a le respect de ces

moeurs, de ces croyances; il vénère les vieilles pierres, les lieux de

pèlerinage, il raconte, comme un homme qui se plaît à ce qu'il raconte, et

l'on se plaît à l'écouter[1].

[Note 1: Voir l'_Appendice_.]

La légende tient à la fois du conte, de l'archéologie et de l'histoire;

elle sert de transition à l'histoire proprement dite: cette vieille

province de Bretagne a conservé, avec sa foi, ses costumes et sa langue, un

profond sentiment national, et l'histoire est pour elle une manière de

témoigner de son respect pour les ancêtres. L'histoire de la Bretagne,

depuis les temps les plus reculés, a été examinée, discutée et racontée

sous toutes les formes: monographies de villes, biographies d'hommes

illustres, vies des saints, descriptions topographiques. Les ouvrages

publiés récemment sont presque innombrables: en première ligne, la

_Biographie bretonne_, entreprise il y a déjà plusieurs années, par un

savant dévoué et infatigable, M. Levot, bibliothécaire de la marine à

Brest, qui, avec le concours de tout ce qu'il y a en Bretagne d'hommes

instruits, a retrouvé dans les chartes, dans les archives et les papiers de

famille, des faits ignorés, relatifs à des citoyens éminents oubliés ou

méconnus, et dressé comme un inventaire complet de toutes les illustrations

de sa patrie; puis, sous une forme plus scientifique, une autre histoire de

la Bretagne, _les Anciens évêchés de Bretagne_, par MM. Geslin de Bourgogne

et An. de Barthélemy, un des ouvrages les plus considérables qui aient été

publiés depuis longtemps par les départements. _Les Évêchés de Bretagne_

n'auront pas moins de quatre gros volumes et un atlas de planches

représentant les types de l'architecture religieuse, civile et militaire:

histoire générale, histoire de chaque diocèse, de ses évêques, de ses

établissements religieux, des villes, des fiefs, des paroisses, etc. C'est

une revue exacte des événements et des institutions, un véritable monument

élevé à l'ancienne Bretagne.

A côté de ces grandes oeuvres, voici une foule d'études spéciales: tandis

que d'excellents érudits écrivent l'histoire de leur ville natale ou la vie

de ses grands hommes, M. Ropartz, la _Vie de saint Yves_, patron de la

Bretagne, l'_Histoire de Guingamp_ et celle _des Missionnaires et

Fondateurs d'ordres religieux_ en Bretagne; M. l'abbé Mouillard, la _Vie de

saint Vincent Ferrier_; M. de La Bigne-Villeneuve, l'_Histoire de Rennes_,

et M. Cunat, de Saint-Malo, la Biographie de ces marins magnanimes, de ces

vaillants corsaires, Suffren, Surcouf, du Guay-Trouin, qui s'élançaient,

comme des milans de leur aire, de ce port fatal aux Anglais; d'autres

approfondissent les questions les plus difficiles et les plus ardues: M. A.

de Blois, de Quimper, les _Origines du droit breton_; M. A. de Courson, le

_Cartulaire de Redon_; M. du Fougeroux, de Fontenay, les _Premiers temps de

l'Histoire du Poitou_. M. Marteville, de Rennes, publie une nouvelle

édition de l'ouvrage classique sur la Bretagne, le _Dictionnaire d'Ogée_;

et, à la pointe la plus éloignée de l'Armorique, à Saint-Pol de Léon,

petite ville qui fut autrefois un évêché, et qui aujourd'hui est presque

déserte, un savant généalogiste, M. Pol de Courcy, auteur du _Dictionnaire

héraldique de la Bretagne_, fait paraître un magnifique Album de miniatures

(_fac simile_) du XVe siècle, le _Combat des Trente_, accompagné de

documents puisés aux sources les plus authentiques sur les héros de cette

lutte homérique, dont le glorieux souvenir est consacré par l'obélisque de

la lande de _Mi-Voie_.

Dans les grandes villes, les ressources d'érudition permettent

d'entreprendre des ouvrages étendus, comme les _Annales universelles_ de M.

Fourmont, à Nantes, immense volume in-folio divisé en quinze ou vingt

colonnes, où viennent se ranger côte à côte tous les peuples de la terre,

depuis la création du monde. Il est facile de faire ces sortes de tables

synoptiques; mais ce qui est moins aisé, et ce qui donne au livre de M.

Fourmont une valeur sérieuse, c'est qu'il l'a composé à un point de vue

scientifique. Il y a là plusieurs années de recherches laborieuses et une

lecture immense: il est au courant de toutes les découvertes modernes, des

travaux des savants de l'Europe et des savants de Calcutta; Zend des

Persans, monuments du Mexique, Védas des Indiens et Kings des Chinois, lui

sont aussi familiers que les traditions celtiques et les Eddas des

Scandinaves; aussi, à la lueur de ce faisceau de lumières jaillissant de

tous les points, il a, on n'ose dire débrouillé, mais éclairé le chaos des

premiers temps, la séparation des peuples, leurs origines, leurs parentés,

leurs migrations. Puis, après que, dans cette première partie, il a fait un

rapide précis des événements, il reprend chaque période, il en écrit

l'histoire morale: religions, langues, moeurs, institutions, philosophies,

etc., dans la même forme synoptique, de manière à donner à la fois le

spectacle de la marche de chaque peuple séparément, et du mouvement général

de l'humanité, jusqu'au jour où le vieux monde vient, comme un grand

fleuve, se jeter, se confondre et s'épurer dans le christianisme.

Là aussi, dans ces centres intellectuels, à Rennes, à Nantes, les études

historiques ont une physionomie plus vive; on y livre des batailles

d'érudition. Les écrivains bretons, avec leur opiniâtreté passée en

proverbe, et leur franchise ardente, qui n'est pas moins remarquable quand

ils traitent un point d'histoire contesté, prennent aussitôt les armes,

attaquent et poussent devant eux, et frappent à coups redoublés tout

historien coupable d'erreur, jusqu'à ce qu'il tombe abattu. Ainsi, à

Rennes, M. Vert, M. de Kerdrel, qui a montré si clairement, si fortement,

le véritable esprit de la _Réforme en Bretagne_, à l'occasion de

l'_Histoire de la ligue en Bretagne_, par M. Grégoire; à Nantes, MM. Biré

et Guéraud; à Vitré, M. de la Borderie. M. Biré s'est attaché à l'_Histoire

de la Révolution_ de M. Michelet, qui avait touché à la Bretagne et à la

Vendée, et il a fait de ce livre, d'une main aussi ferme que sûre, une

dissection qui ne laisse rien de côté: omissions, oublis volontaires,

silence sur les atrocités des républicains, exagérations emportées; il a

montré à nu la faiblesse et la partialité de cet écrivain, naguère

noblement inspiré, aujourd'hui troublé par le fanatisme, qui ne recherche

pas la vérité, mais qui se passionne, qui ne raconte pas, mais qui plaide,

qui ne peint pas, mais qui combat. M. Biré discute et écrit, comme on

devrait toujours le faire, avec force, convenance, érudition et émotion.

M. Arm. Guéraud, correspondant du ministère pour les monuments historiques,

est à la fois écrivain, antiquaire, libraire, imprimeur: intelligence vive,

ouverte à tout, instruit en beaucoup de choses, il connaît très-bien sa

province, hommes, livres, sol, monuments; il a publié sur plusieurs parties

de l'histoire de son pays des notices importantes, entre autres celle sur

le _maréchal de Raiz_, le faux Barbe-Bleue de nos contes, où, les pièces du

procès en main, il a rectifié les erreurs populaires et montré, telle

qu'elle était réellement, cette dure, vigoureuse et violente figure, sorte

de Claude Frollo laïc, mélange de vices affreux et de brillantes qualités,

courage, science, passions sauvages et cruauté de damné. Nul historien ne

pourra désormais se passer de consulter l'ouvrage de M. Guéraud. Un livre

plus important encore est le recueil des _Chansons de la Bretagne et du

Poitou_ depuis les temps les plus reculés, recueil composé de plus de douze

cents chansons, qui donne sur les moeurs, les usages, les coutumes et la

langue des détails souvent négligés par les historiens, et singulièrement

propres à compléter la physionomie d'un peuple.

Mais le plus savant des historiens bretons est M. de la Borderie, ancien

élève de l'École des chartes, que le gouvernement a chargé de dresser le

catalogue raisonné des archives et des pièces historiques de l'ancienne

chambre des comptes de Nantes. Outre un grand nombre de fragments sur les

points les plus obscurs de l'histoire de la Bretagne, M. de la Borderie a

écrit l'histoire de la _Conspiration de Pontcallec_, un des épisodes les

plus dramatiques de la lutte que la Bretagne n'a cessé de soutenir contre

l'ancienne monarchie pour le maintien de ses privilèges. On ne peut nier

que ce récit ne soit fait dans un esprit de nationalité exclusif; mais un

intérêt puissant s'attache à cette histoire, intérêt qui tient au talent

original de l'auteur. Il n'a aucune prétention, il ne cherche pas les

phrases à effet; on voit un homme préoccupé, avant tout, de montrer la

vérité, et qui, la trouvant si contraire à ce que l'on a cru et écrit

jusqu'ici, et si favorable à sa patrie, s'anime en vous la démontrant. Il

est heureux et fier, comme il le dit quelque part, de publier des pièces si

glorieuses pour son pays; il devient éloquent, et son émotion sincère gagne

le lecteur; on partage son indignation ou sa pitié. Au milieu de ce récit

net, ordonné, qui marche droit à son but et ne s'avance qu'à mesure que le

terrain est bien affermi, le Breton se reconnaît: il a parfois des

railleries et des sourires goguenards qui rappellent l'esprit gaulois, et

pour lesquels il y a un mot gaulois aussi et expressif, le mot _gouailler_.

Il est, de plus, doué à un éminent degré de la finesse bretonne, plus

habile et plus déliée que la finesse normande si vantée. Il vous présente

les choses d'une telle façon qu'il vous fait presque toujours conclure avec

lui, et ce n'est que plus tard, en y refléchissant, que l'on s'étonne

d'être allé si loin dans son sens. Il faut le dire: quelque étrange que

puisse paraître une telle assertion au monde littéraire parisien, cette

histoire de la _Conspiration de Pontcallec_, par M. de la Borderie, est

supérieure à bien des oeuvres publiées à Paris, signées de noms illustres

et vantées comme des chefs-d'oeuvre. On y trouve, à côté d'une érudition

large et sûre, l'amour du sujet, l'agrément de la narration, la lucidité de

la composition, la conscience de l'historien. Avec de telles qualités, M.

de la Borderie n'a pas fait seulement ce que l'on nomme aujourd'hui si

facilement et si vaguement un _beau livre_, il a fait un bon livre, un

livre vrai, qui a épuisé le sujet et qu'on ne refera plus. On ne saurait

mieux louer un historien.

La Bretagne. Paysages et Récits. · 第 17 / 41 题