Quand il commença la guerre civile, les centurions de chaque légion

s'engagèrent à lui fournir chacun un cavalier sur l'argent de son

pécule, et tous les soldats à le servir gratuitement, sans ration ni

paye, les plus riches devant subvenir aux besoins des plus pauvres.

Pendant une guerre aussi longue, aucun d'eux ne l'abandonna; il y en

eut même un grand nombre qui, faits prisonniers par l'ennemi,

refusèrent la vie qu'on leur offrait, sous la condition de porter les

armes contre lui. Assiégés ou assiégeants, ils supportaient si

patiemment la faim et les autres privations, que Pompée, ayant vu au

siége de Dyrrachium l'espèce de pain d'herbes dont ils se

nourrissaient, dit «qu'il avait affaire à des bêtes sauvages»; et il

le fit disparaître aussitôt, sans le montrer à personne, de peur que

ce témoignage de la patience et de l'opiniâtreté de ses ennemis ne

décourageât son armée. Une preuve de leur indomptable courage, c'est

qu'après le seul revers éprouvé par eux près de Dyrrachium, ils

demandèrent eux-mêmes à être châtiés, et leur général dut plutôt les

consoler que les punir. Dans les autres batailles, ils défirent

aisément, malgré leur infériorité numérique, les innombrables troupes

qui leur étaient opposées. Une seule cohorte de la sixième légion,

chargée de la défense d'un petit fort, soutint pendant quelques heures

le choc de quatre légions de Pompée, et périt presque tout entière

sous une multitude de traits: on trouva dans l'enceinte du fort cent

trente mille flèches. Tant de bravoure n'étonnera pas si l'on

considère séparément les exploits de quelques-uns d'entre eux: je ne

citerai que le centurion Cassius Scéva et le soldat C. Acilius. Scéva,

quoiqu'il eût l'œil crevé, la cuisse et l'épaule traversées, son

bouclier percé de cent vingt coups, n'en demeura pas moins ferme à la

porte d'un fort dont on lui avait confié la garde. Acilius, dans un

combat naval près de Marseille, imita le mémorable exemple donné chez

les Grecs par Cynégire: il avait saisi de la main droite un vaisseau

ennemi; on la lui coupa, il n'en sauta pas moins dans le vaisseau, en

repoussant à coups de bouclier tous ceux qui faisaient résistance.

Pendant les dix années de la guerre des Gaules, il ne s'éleva aucune

sédition dans l'armée de César. Il y en eut quelques-unes pendant la

guerre civile; mais il les apaisa sur-le-champ, et par sa fermeté bien

plus que par son indulgence; car il ne céda jamais aux mutins, et

marcha toujours au-devant d'eux. A Plaisance, il licencia

ignominieusement toute la neuvième légion, quoique Pompée fût encore

sous les armes; et ce ne fut qu'avec beaucoup de peine, ce ne fut

qu'après les plus nombreuses et les plus pressantes supplications, et

après le châtiment des coupables, qu'il consentit à la rétablir.

A Rome, les soldats de la dixième légion réclamèrent un jour des

récompenses et leur congé, en proférant d'effroyables menaces, qui

exposaient la ville aux plus grands dangers. Quoique la guerre fût

alors allumée en Afrique, César, que ses amis essayèrent en vain de

retenir, n'hésita pas à se présenter aux mutins et à les licencier.

Mais avec un seul mot, et en les appelant _citoyens_ au lieu de

_soldats_, il changea entièrement leurs dispositions: «Nous sommes des

soldats,» s'écrièrent-ils aussitôt; et ils le suivirent en Afrique

malgré lui, ce qui ne l'empêcha pas d'enlever aux plus séditieux le

tiers du butin et des terres qui leur étaient destinées.

Il traita toujours ses amis avec des égards et une bonté sans bornes.

C. Oppius, qui l'accompagnait dans un chemin agreste et difficile,

étant tombé subitement malade, César lui céda la seule cabane qu'ils

trouvèrent, et coucha en plein air, sur la dure. Quand il fut parvenu

au souverain pouvoir, il éleva aux premiers honneurs quelques hommes

de la plus basse naissance; et comme on le lui reprochait, il répondit

publiquement: «Si des brigands et des assassins m'avaient aussi aidé à

défendre mes droits et ma dignité, je leur en témoignerais la même

reconnaissance.»

Jamais, d'un autre côté, il ne conçut d'inimitiés si fortes, qu'il ne

les abjurât volontiers dans l'occasion.

Il était naturellement fort doux, même dans ses vengeances. Quand il

eut pris, à son tour, les pirates dont il avait été le prisonnier, et

auxquels il avait alors juré de les mettre en croix, il ne les fit

attacher à cet instrument de supplice qu'après les avoir fait

étrangler.

Mais c'est surtout pendant la guerre civile et après ses victoires

qu'il fit admirer sa modération et sa clémence.

SUÉTONE.

CÉSAR.

J'aurais voulu voir cette blanche et pâle figure, fanée avant l'âge

par les débauches de Rome, cet homme délicat et épileptique, marchant

sous les pluies de la Gaule, à la tête des légions; traversant nos

fleuves à la nage; ou bien à cheval entre les litières où ses

secrétaires étaient portés, dictant quatre, six lettres à la fois,

remuant Rome du fond de la Belgique, exterminant sur son chemin deux

millions d'hommes et domptant en dix années la Gaule, le Rhin et

l'Océan du nord.

MICHELET, _Histoire romaine_, t. 2, p. 234.

CÉSAR DANS LES GAULES.

Après son consulat, César choisit parmi toutes les provinces romaines

celle des Gaules, qui, entre autres avantages, offrait à son ambition

un vaste champ de triomphes. Il reçut d'abord la Gaule Cisalpine avec

l'Illyrie, en vertu d'une loi de Vatinius, et ensuite la Gaule

Chevelue[57], par un décret des sénateurs, qui, persuadés que le

peuple la lui donnerait aussi, préférèrent que César la tînt de leur

générosité. Il en éprouva une joie qu'il ne put contenir: on

l'entendit peu de jours après se vanter en plein sénat d'être enfin

parvenu au comble de ses vœux, malgré la haine de ses ennemis

consternés, et s'écrier qu'il marcherait désormais sur leurs têtes. Il

ajouta d'autres légions[58] à celles qu'il avait reçues de la

république, et il les entretint à ses frais. Il en forma dans la Gaule

Transalpine une dernière, à laquelle il fit prendre le nom gaulois

d'Alauda[59], qu'il sut former à la discipline des Romains, qu'il arma

et habilla comme eux, et que dans la suite il gratifia tout entière du

droit de cité. Il ne laissa désormais échapper aucune occasion de

faire la guerre, fût cette guerre injuste et périlleuse: il attaqua

indistinctement et les peuples alliés et les nations ennemies ou

sauvages. Enfin sa conduite fit prendre un jour au sénat la résolution

d'envoyer des commissaires dans les Gaules, pour informer sur l'état

de cette province; on proposa même de le livrer aux ennemis. Mais le

succès de toutes ses entreprises lui fit, au contraire, décerner de

solennelles actions de grâces[60], plus longues et plus fréquentes

qu'à aucun autre avant lui.

[57] Ou Transalpine (la Province romaine). Il comptait que les

désordres de la Gaule indépendante lui fourniraient l'occasion

d'en faire la conquête.

[58] Deux.

[59] L'Alouette.

[60] Ces actions de grâces (_supplicationes_) étaient rendues aux

dieux pour les victoires d'un général.

Voici en peu de mots ce qu'il fit pendant les neuf années que dura son

commandement. Toute la Gaule comprise entre les Pyrénées, les Alpes,

les Cévennes, le Rhône et le Rhin, c'est-à-dire dans un circuit de

deux ou trois cent mille pas, il la réduisit en province romaine, à

l'exception des villes alliées et amies, et il imposa au pays conquis

un tribut annuel de quarante millions de sesterces[61]. Il est le

premier qui après avoir jeté un pont sur le Rhin ait attaqué les

Germains au delà de ce fleuve, et qui ait remporté sur eux de grands

avantages. Il attaqua aussi les Bretons, jusqu'alors inconnus, les

vainquit, et en exigea des contributions et des otages. Au milieu de

tant de succès, il n'éprouva que trois revers: l'un en Bretagne, où

une tempête faillit détruire sa flotte; un autre en Gaule, devant

Gergovie[62], où une légion fut battue; et le troisième sur le

territoire des Germains, où ses lieutenants Titurius et Aurunculeius

périrent dans une embuscade.

SUÉTONE.

[61] 7,750,000 fr.

[62] Clermont.

LA GUERRE DES GAULES.

58-51 av. J.-C.

César avait quarante-et-un ans lorsqu'il commença sa première

campagne, l'an 58 av. J.-C. Les peuples d'Helvétie avaient quitté leur

pays, au nombre de 300,000, pour s'établir sur les bords de l'Océan.

Ils avaient 90,000 hommes armés, et traversaient la Bourgogne. Les

peuples d'Autun[63] appelèrent César à leur secours. Il partit de

Vienne, place de la province romaine, remonta le Rhône, passa la Saône

à Châlons, atteignit l'armée des Helvétiens à une journée d'Autun, et

défit ces peuples dans une bataille longtemps disputée. Après les

avoir contraints à rentrer dans leurs montagnes, il repassa la Saône,

se saisit de Besançon, et traversa le Jura pour aller combattre

l'armée d'Arioviste[64]; il le rencontra à quelques marches du Rhin,

le battit et l'obligea à rentrer en Allemagne. Sur ce champ de

bataille il se trouvait à 90 lieues de Vienne; sur celui des

Helvétiens il en était à 70 lieues. Dans cette campagne, il tint

constamment réunies en un seul corps les six légions qui formaient

son armée. Il abandonna le soin de ses communications à ses alliés,

ayant toujours un mois de vivres dans son camp et un mois

d'approvisionnements dans une place forte, où, à l'exemple d'Annibal,

il renfermait ses otages, ses magasins, ses hôpitaux; c'est sur ces

mêmes principes qu'il a fait ses sept autres campagnes des Gaules.

[63] Les Éduens.

[64] Roi des Suèves.

Pendant l'hiver de 57, les Belges levèrent une armée de 300,000

hommes, qu'ils confièrent à Galba, roi de Soissons. César, prévenu par

les Rémois, ses alliés, accourut et campa sur l'Aisne. Galba,

désespérant de le forcer dans son camp, passa l'Aisne pour se porter

sur Reims; mais il déjoua cette manœuvre, et les Belges se

débandèrent; toutes les villes de cette ligue se soumirent

successivement. Les peuples du Hainaut[65] le surprirent sur la Sambre

aux environs de Maubeuge, sans qu'il eût le temps de se ranger en

bataille; sur les huit légions qu'il avait alors, six étaient occupées

à élever les retranchements du camp, deux étaient encore en arrière

avec les bagages. La fortune lui fut si contraire dans ce jour, qu'un

corps de cavalerie de Trèves l'abandonna et publia partout la

destruction de l'armée romaine; et cependant il triompha.

[65] Les Nerviens et leurs alliés.

L'an 56, il se porta tout d'un trait sur Nantes et Vannes, en faisant

de forts détachements en Normandie et en Aquitaine: le point le plus

rapproché de ses dépôts était alors Toulouse, dont il était à 130

lieues, séparé par des montagnes, de grandes rivières, des forêts.

L'an 55, il porta la guerre au fond de la Hollande, à Zutphen, où

400,000 barbares passaient le Rhin pour s'emparer des terres des

Gaulois: il les battit, en tua le plus grand nombre, les rejeta au

loin, repassa le Rhin à Cologne, traversa la Gaule, s'embarqua à

Boulogne, et descendit en Angleterre.

L'an 54, il franchit de nouveau la Manche avec cinq légions, soumit

les rives de la Tamise, prit des otages, et rentra avant l'équinoxe

dans les Gaules; dans l'arrière-saison, ayant appris que son

lieutenant Sabinus avait été égorgé près de Trèves avec quinze

cohortes, et que Quintus Cicéron était assiégé dans son camp de

Tongres, il rassembla huit à neuf mille hommes, se mit en marche,

défit Ambiorix, qui s'avança à sa rencontre, et délivra Cicéron.

L'an 53, il réprima la révolte des peuples de Sens, de Chartres, de

Trèves, de Liége, et passa une deuxième fois le Rhin.

Déjà les Gaulois frémissaient, le soulèvement éclatait de tous côtés.

Pendant l'hiver de 52 ils se levèrent en masse: les peuples si fidèles

d'Autun même prirent part à la guerre; le joug romain était odieux aux

Gaulois. On conseillait à César de rentrer dans la province romaine ou

de repasser les Alpes; il n'adopta ni l'un ni l'autre de ces projets.

Il avait alors dix légions; il passa la Loire et assiégea Bourges au

cœur de l'hiver, prit cette ville à la vue de l'armée de

Vercingétorix, et mit le siége devant Clermont[66]; il y échoua,

perdit ses otages, ses magasins, ses remontes qui étaient dans Nevers,

sa place de dépôt, dont les peuples d'Autun s'emparèrent. Rien ne

paraissait plus critique que sa position. Labienus, son lieutenant,

était inquiété par les peuples de Paris; il l'appela à lui, et avec

son armée réunie il mit le siége devant Alise, où s'était enfermée

l'armée gauloise. Il employa cinquante jours à fortifier ses lignes de

contrevallation et de circonvallation. La Gaule leva une nouvelle

armée, plus nombreuse que celle qu'elle venait de perdre; les peuples

de Reims seuls restèrent fidèles à Rome. Les Gaulois se présentent

pour faire lever le siége; la garnison réunit pendant trois jours ses

efforts aux leurs, pour écraser les Romains dans leurs lignes. César

triomphe de tout; Alise tombe, et les Gaules sont soumises.

[66] Gergovie.

Pendant cette grande lutte, toute l'armée de César était dans son

camp; il n'avait aucun point vulnérable. Il profita de sa victoire

pour regagner l'affection des peuples d'Autun, au milieu desquels il

passa l'hiver, quoiqu'il fît des expéditions à cent lieues l'une de

l'autre et en changeant de troupes. Enfin, l'an 51, il mit le siége

devant Cahors, où périrent les derniers des Gaulois.

Les Gaules devinrent provinces romaines; leur tribut accrut

annuellement de huit millions les richesses de Rome.

NAPOLÉON, _Mémoires_ publiés par Gourgaud et Montholon.

ARIOVISTE BATTU PAR CÉSAR.

58 av. J.-C.

Arioviste, roi des Suèves, avait été déclaré allié du peuple romain.

Appelé en Gaule par les Auvergnats et les Francs-Comtois[67], il

battit les Autunois[68] et leurs alliés, dans une bataille près de

Pontarlier, soumit toutes ces petites républiques à lui payer tribut

et à lui livrer des otages. Plus tard, il appesantit son joug sur les

Francs-Comtois eux-mêmes, et s'appropria le tiers de leurs terres,

qu'il distribua à 120,000 Allemands. Un plus grand nombre, attiré par

cet appât, se préparait à passer le Rhin; 24,000 étaient partis de

Constance, et les cent cantons des Suèves étaient déjà arrivés sur les

bords de ce fleuve: la Gaule allait être ébranlée dans ses fondements,

elle eut recours aux Romains.

[67] Arvernes et Séquanes.

César fit demander une entrevue à Arioviste. En ayant reçu une réponse

peu satisfaisante, il passa la Saône, et surprit Besançon. Après

quelques jours de repos, il continua sa marche dans la direction du

Rhin. Le septième jour, ayant fait un détour pour éviter les

montagnes, les deux armées se trouvèrent en présence. César et

Arioviste eurent une entrevue, qui n'eut aucun résultat. Les Allemands

étaient d'une haute taille, forts, braves. Après plusieurs manœuvres,

les deux armées en vinrent aux mains, sur un champ de bataille éloigné

de seize lieues du Rhin[69]. Arioviste fut battu, son armée poursuivie

jusqu'à ce fleuve, que ce prince passa sur un petit bateau. Ce

désastre consterna les Germains et sauva les Gaules.

NAPOLÉON, _Précis des Guerres de J. César, écrit à l'île

Sainte-Hélène sous la dictée de l'empereur_, par Marchand, p.

31.

[68] Éduens.

[69] La bataille contre Arioviste a été donnée dans le mois de

septembre et du côté de Belfort. (_Note de Napoléon._)

GUERRE DES BELGES. COMBAT SUR L'AISNE.--DÉFAITE DES BELGES DU

HAINAUT. BATAILLE SUR LA SAMBRE.

57 av. J.-C.

Les Belges étaient de race barbare; leurs pères avaient passé le Rhin,

attirés par la beauté du pays. Ils en avaient chassé les premiers

habitants, et s'y étaient établis. Ils étaient considérés comme les

plus braves d'entre les Gaulois. Les Teutons et les Cimbres

craignirent de les indisposer, et les respectèrent. La défaite des

Helvétiens, celle d'Arioviste et la présence de l'armée romaine, qui,

contre l'usage, hivernait dans la Celtique, éveillèrent leur jalousie;

ils craignirent pour leur indépendance. Ils passèrent tout l'hiver en

préparatifs, et ils mirent en campagne, au printemps, une armée de

300,000 hommes, commandée par Galba, roi de Soissons, dont le

contingent était de 50,000 hommes; les peuples de Beauvais en avaient

fourni autant, ceux du Hainaut, 50,000; de l'Artois, 15,000; d'Amiens,

10,000; de Saint-Omer, 25,000; du Brabant, 9,000; du pays de Caux,

10,000; du Vexin, 10,000; de Namur, 30,000; et enfin 40,000 Allemands

de Cologne, de Liége, de Luxembourg. Ces nouvelles arrivèrent au delà

des monts, où se trouvait César, qui leva deux nouvelles légions. Il

arriva avec elles à Sens dans le courant de mai.

Les peuples de la Celtique lui restèrent fidèles; ceux d'Autun, de

Reims, de Sens, lui fournirent une armée qu'il mit sous les ordres de

Divitiacus, qu'il destina à ravager le territoire de Beauvais, et il

se campa avec ses huit légions à Pont-à-Vaire, sur l'Aisne, territoire

de Reims. Il fit établir une tête de pont sur la rive gauche,

environna son camp par un rempart de douze pieds de haut, ayant en

avant un fossé de dix-huit pieds de largeur. L'armée belge ne tarda

pas à paraître; elle investit la petite ville de Bièvre, à huit milles

du camp romain. Cette ville avait une garnison rémoise; elle reçut un

renfort dans la nuit, ce qui décida le lendemain Galba à marcher droit

sur Pont-à-Vaire. Mais trouvant le camp parfaitement retranché, il

prit position à deux milles. Il occupait trois lieues de terrain.

Après quelques jours d'escarmouches, César sortit avec six légions en

laissant les deux nouvelles pour la garde du camp; mais, de peur

d'être tourné, il fit élever deux retranchements de 3 à 400 toises de

longueur, perpendiculaires à ses deux flancs; il les fit garnir de

tours et de machines. Galba désirait tout terminer par une bataille;

mais il était arrêté par le marais qui séparait les deux camps. Il

espérait que les Romains le passeraient, mais ils s'en donnèrent bien

de garde. Chacun rentra le soir dans son camp. Alors Galba passa

l'Aisne; pendant la nuit il attaqua les ouvrages de la rive gauche, se

mit à ravager le territoire rémois; mais César le battit avec sa

cavalerie et ses troupes légères, et le chassa sur la rive gauche de

l'Aisne. Peu de jours après, les Beauvoisins[70] apprirent que les

Autunois étaient sur leurs frontières et menaçaient leur capitale. Ils

levèrent sur-le-champ leur camp, et allèrent au secours de leur

patrie. Le signal de la défection une fois donné, fut imité; chacun

se retira dans son pays. Le surlendemain les Romains firent une marche

de dix lieues, donnèrent l'assaut à Soissons: ils furent repoussés;

mais le lendemain les habitants se soumirent par la médiation des

Rémois; ils donnèrent des otages. Alors César marcha sur Beauvais,

accorda la paix à ses habitants, à la recommandation des Autunois, se

contentant de prendre six cents otages. Amiens et plusieurs villes de

la Picardie se soumirent également.

[70] Bellovaques.

Les peuples du Hainaut[71], les plus belliqueux et les plus sauvages

des Belges, s'étaient réunis aux Artésiens et aux Vermandois. Ils

étaient campés sur la rive droite de la Sambre, à Maubeuge, couverts

par une colline et au milieu d'une forêt. César marcha à eux avec huit

légions. Arrivé sur les bords de la Sambre, il fit tracer son camp sur

une belle colline. La cavalerie et les troupes légères passèrent la

rivière et s'emparèrent d'un monticule qui domine le pays de la rive

gauche, mais plus bas que celui sur lequel voulait camper l'armée

romaine. Les six légions qui étaient arrivées se distribuèrent autour

de l'enceinte du camp pour le fortifier, lorsque tout d'un coup

l'armée ennemie déboucha de la forêt, culbuta la cavalerie et les

troupes légères, se précipita à leur suite dans la Sambre, déborda sur

l'armée romaine, qu'elle attaqua en tous sens: généraux, officiers,

soldats, tous furent surpris; chacun prit son épée sans se donner le

temps de se couvrir de ses armes défensives. Les 9e et 10e légions

étaient placées sur la gauche du camp; la 8e et la 11e sur le côté qui

faisait front à l'ennemi, formant à peu près le centre; la 7e et la

12e sur le côté opposé, à la droite. L'armée romaine ne formait pas

une ligne, elle occupait une circonférence; les légions étaient

isolées, sans ordre, la cavalerie et les hommes armés à la légère

fuyaient épouvantés dans la plaine. Labienus[72] rallia les 9e et 10e

légions, attaqua la droite de l'ennemi, qui était formée par les

Artésiens, les culbuta dans la Sambre, s'empara de la colline et de

leur camp sur la rive gauche. Les légions du centre, après diverses

vicissitudes, repoussèrent les Vermandois, les poursuivirent au delà

de la rivière; mais les 7e et 12e légions avaient été débordées et

étaient attaquées par toute l'armée du Hainaut, qui faisait la

principale force des Gaulois: elles furent accablées. Les barbares

ayant tourné les légions, s'emparèrent du camp. Ces deux légions,

environnées, étaient sur le point d'être entièrement défaites, lorsque

les deux légions qui escortaient le bagage arrivèrent, et que d'un

autre côté Labienus détacha la 10e légion sur les derrières de

l'ennemi: le sort changea; toute la gauche des Belges, qui avait passé

la Sambre, couvrit le champ de bataille de ses morts. Les Belges du

Hainaut furent anéantis au point que quelques jours après, les

vieillards et les femmes étant sortis des marais pour implorer la

grâce du vainqueur, il se trouva que cette nation belliqueuse était

réduite de six cents sénateurs à trois, et de 60,000 hommes en état de

porter les armes à 500. Pendant une partie de la journée les affaires

des Romains furent tellement désespérées, qu'un corps de cavalerie de

Trèves les abandonna, s'en retourna dans son pays, publiant partout la

destruction de l'armée romaine.

NAPOLÉON, _Précis des Guerres de J. César_, p. 36.

[71] Les Nerviens.

[72] Un des meilleurs généraux de l'armée de César.

GUERRE CONTRE LES VÉNÈTES.

56 av. J.-C.

A la fin de la campagne précédente[73], César avait détaché le jeune

Crassus, qui depuis périt avec son père contre les Parthes, avec une

légion, pour soumettre la Bretagne. Il s'était en effet porté sur

Vannes, avait parcouru les principales villes de cette grande

province, avait partout reçu la soumission des peuples et des otages.

Il avait pris ses quartiers d'hiver en Anjou, près de Nantes.

Cependant les Bretons, revenus de leur première stupeur,

s'insurgèrent. Vannes, qui était leur principale ville, donna le

signal. Ils arrêtèrent partout les officiers romains, qui pour

diverses commissions étaient répandus dans la province. La ville de

Vannes était grande et riche par le commerce de l'Angleterre; ses

côtes étaient pleines de ports. Le Morbihan, espèce de mer intérieure,

assurait sa défense; il était couvert de ses bâtiments. Les confédérés

ayant jeté le masque firent connaître à Crassus qu'il eût à leur

renvoyer leurs otages, qu'ils lui renverraient ses officiers, mais

qu'ils étaient résolus à garder leur liberté et à ne pas se soumettre

de gaieté de cœur à l'esclavage de Rome. César, au printemps, arriva

à Nantes. Il envoya Labienus avec un corps de cavalerie à Trèves, pour

contenir les Belges, et détacha Crassus, avec douze cohortes et un

gros corps de cavalerie, pour entrer dans l'Aquitaine et empêcher que

les habitants de cette province n'envoyassent des secours aux Bretons.

Il détacha Sabinus avec trois légions dans le Cotentin, donna le

commandement de sa flotte à Domitius Brutus: il avait fait venir des

vaisseaux de la Saintonge et du Poitou, et fit construire des galères

à Nantes; il tira des matelots des côtes de la Méditerranée. Mais les

vaisseaux des peuples de Vannes étaient plus gros et montés par de

plus habiles matelots; leurs ancres étaient tenues par des chaînes de

fer, leurs voiles étaient de peaux molles. L'éperon des galères

romaines ne pouvait rien contre des bâtiments si solidement

construits; enfin, les bords étaient très-élevés, ce qui leur donnait

un commandement non-seulement sur le tillac des galères romaines, mais

même sur les tours qu'il était quelquefois dans l'usage d'y élever.

Les javelots des Romains, lancés de bas en haut, étaient sans effet,

et les leurs, lancés de haut en bas, faisaient beaucoup de ravages.

Mais les navires romains étaient armés de faux tranchantes emmanchées

au bout d'une longue perche, avec lesquelles ils coupèrent les

cordages, les haubans, et firent tomber les vergues et les mâts. Ces

gros vaisseaux désemparés, devenus immobiles, furent le théâtre d'un

combat de pied ferme. Le calme étant survenu sur ces entrefaites,

toute la flotte de Vannes tomba au pouvoir des Romains. Dans cette

extrémité, le peuple de Vannes se rendit à discrétion. César fit

mourir tous les sénateurs, et vendit tous les habitants à l'encan.

NAPOLÉON, _Précis des Guerres de J. César_, p. 47.

[73] La seconde.

VERCINGÉTORIX.

52 av. J.-C.

L'Histoire de France racontée par les Contemporains (Tome 1/4) Extraits des Chroniques, des Mémoires et des Documents originaux, avec des sommaires et des résumés chronologiques · 第 9 / 35 段