Ce soir, ma jeune épouse et moi, nous allons jouer le jeu de la mort.
La nuit est noire, les nuages, dans le ciel, sont fantasques et les
vagues de la mer sont en délire.
Nous avons quitté notre couche de songes; nous avons ouvert la porte
toute grande et nous sommes sortis, ma jeune épouse et moi.
Nous nous sommes assis sur l’escarpolette et le vent d’orage nous a
brutalement poussés par derrière.
Ma jeune épouse s’est dressée brusquement; épouvantée et charmée à la
fois, elle tremble et se cramponne à mon sein.
* * * * *
Longtemps, je lui avais tendrement fait la cour.
J’avais fait pour elle un lit de fleurs; je fermais les portes pour que
la lumière trop vive n’offusque pas ses yeux.
Je la baisais doucement sur les lèvres et lui murmurais à l’oreille de
douces paroles; elle défaillait presque de langueur.
Elle était comme perdue dans le brouillard d’une immense et vague
douceur.
Elle ne répondait pas à la pression de mes mains; mes chants ne
pouvaient plus l’éveiller.
* * * * *
Ce soir, nous est venu l’appel de l’orage, l’appel des sauvages
éléments.
Ma petite épouse a frissonné; elle s’est levée et m’a entraîné par la
main.
Sa chevelure flotte; son voile bat dans le vent, sa guirlande frémit sur
sa poitrine.
La poussée de la mort l’a rejetée dans la vie.
Nous voilà face à face et cœur à cœur, mon épouse et moi.