LXVII

Malgré le soir qui s’avance à pas lents et qui fait taire toutes les

chansons;

Malgré le départ de tes compagnes et ta fatigue;

Malgré la peur qui court dans les ténèbres; malgré le ciel voilé;

Oiseau, ô mon oiseau écoute-moi; ne ferme pas tes ailes.

* * * * *

L’obscurité qui t’environne n’est pas celle des feuilles de la forêt;

c’est la mer qui se gonfle comme un immense serpent noir.

Les fleurs du jasmin ne dansent pas devant toi; c’est l’écume des vagues

qui étincelle.

Ah! où est la rive verte et ensoleillée? où est ton nid?

Oiseau, ô mon oiseau écoute-moi; ne ferme pas tes ailes.

* * * * *

La nuit solitaire s’étend sur le sentier; l’aurore sommeille derrière

les collines pleines d’ombre; les étoiles muettes comptent les heures;

la lune pâlie baigne dans la nuit profonde.

Oiseau, ô mon oiseau écoute-moi, ne ferme pas tes ailes.

* * * * *

Pour toi il n’y a ni espoir ni crainte; il n’y a pas de paroles, pas de

murmures, pas de cris.

Il n’y a ni abri, ni lit de repos...

Il n’y a que ta paire d’ailes et le ciel infini.

Oiseau, ô mon oiseau, écoute-moi: ne ferme pas tes ailes.

Le jardinier d'amour · 第 83 / 103 题