LXVIII

Frère, nul n’est éternel et rien ne dure. Frère, garde ceci dans ton

cœur et réjouis-toi.

* * * * *

D’autres que nous ont porté l’antique fardeau de la vie; d’autres que

nous ont fait le long voyage.

Un poëte ne peut chanter toujours la même ancienne chanson.

La fleur se fane et meurt; mais celui qui la portait ne doit pas à

toujours pleurer sur son sort.

Frère garde ceci dans ton cœur et réjouis-toi.

* * * * *

Il faut un long silence pour tisser une harmonie parfaite.

La vie s’évanouit au coucher du soleil pour s’anéantir dans les ombres

dorées.

L’amour doit quitter ses feux pour boire à la coupe de la douleur et

renaître dans le ciel des larmes.

Frère, garde ceci dans ton cœur et réjouis-toi.

* * * * *

Nous nous hâtons de cueillir nos fleurs de peur qu’elles ne soient

saccagées par le vent qui passe.

Ravir un baiser, qui s’évanouirait dans l’attente, fait bouillir notre

sang et briller nos yeux.

Notre vie est intense, nos désirs sont aiguisés car le temps sonne la

cloche de la séparation.

Frère, garde ceci dans ton cœur et réjouis-toi.

* * * * *

La beauté nous est douce, parce qu’elle danse au même rythme fuyant que

notre vie.

Le savoir nous est précieux parce que jamais nous ne pourrons atteindre

à la science suprême. Tout est fait et tout est achevé dans l’Eternité.

Mais les fleurs terrestres de l’illusion sont gardées éternellement

fraîches par la mort.

Frère, garde ceci dans ton cœur et réjouis-toi.

Le jardinier d'amour · 第 84 / 103 题