Un fou vagabondait, cherchant la pierre philosophale, les cheveux
emmêlés, hâlé, couvert de poussière, le corps réduit à une ombre, les
lèvres aussi serrées que la porte close de son cœur et les yeux brûlants
comme la lampe du ver luisant qui cherche sa compagne.
* * * * *
Devant lui grondait l’océan immense.
Les vagues babillardes racontaient les trésors cachés dans leur sein et
se moquaient de l’ignorant qui ne savait pas les comprendre.
Il allait, lui, sans espoir et sans repos, poursuivant la recherche qui
était devenue sa vie.
Pareil à l’Océan qui, toujours, se dresse vers le ciel pour atteindre
l’inaccessible.
Pareil aux Etoiles qui tournent en cercle aspirant à un but jamais
atteint.
Ainsi, sur la plage déserte, le fou aux boucles fauves de poussière,
errait cherchant la pierre philosophale.
* * * * *
Un jour, un gamin du village s’approcha et lui dit: «Comment as-tu
trouvé cette chaîne d’or qui te ceint la taille?»
Le fou tressaillit; la chaîne autrefois en fer s’était changée en or! Il
ne rêvait pas, mais comment cette transformation s’était-elle faite?
Sauvagement il se frappa le front: où, mais où avait-il, sans le savoir,
réalisé son rêve?
Il avait pris l’habitude d’éprouver les pierres qu’il ramassait en les
frappant contre sa chaîne, et de les rejetter ensuite machinalement,
sans regarder si quelque changement s’était produit; c’était ainsi que
le pauvre fou avait trouvé et perdu la pierre philosophale.
Le soleil disparaissait; à l’occident le ciel était d’or.
Anéanti, brisé de corps et d’esprit, semblable à un arbre déraciné, le
fou se remit à chercher le trésor perdu.