J’étais, avec mes compagnes, occupée aux obscures tâches journalières de
la maison.
Pourquoi m’avez-vous remarquée et m’avez-vous fait quitter le frais abri
de notre vie commune?
* * * * *
L’amour inexprimé est sacré. Il brille comme une gemme dans l’ombre
secrète du cœur. A la lumière du jour indiscret, il s’assombrit
piteusement.
Ah! vous avez brisé l’enveloppe de mon cœur et arraché mon amour à son
mystère, détruisant à jamais l’ombre chère où il cachait son nid.
* * * * *
Mes compagnes, elles, restent les mêmes.
Personne n’a pénétré leur être intime et elles ne connaissent pas leur
propre secret.
Légèrement elles sourient et pleurent, et babillent et travaillent.
Journellement elles vont au temple, allument leurs lampes et cherchent
de l’eau à la rivière.
* * * * *
J’espérais que mon amour ne souffrirait pas la honte frissonnante de
l’abandon.
Mais vous détournez votre visage.
Oui, la route est ouverte devant vous; mais vous m’avez coupé toute
retraite et laissée nue devant le monde, dont les yeux sans paupières me
fixent nuit et jour.