Si, pour t’occuper, tu veux remplir ta cruche, viens, ô viens à mon lac.
L’eau enserrera tes pieds et te babillera son secret.
L’ombre de la pluie prochaine s’étend sur les dunes et les nuages bas se
reposent sur la ligne bleue des arbres comme sur tes sourcils les
cheveux alourdis.
Je connais bien le rythme de tes pas, je l’entends battre dans mon cœur.
Si tu dois remplir ta cruche, viens, ô viens à mon lac.
* * * * *
Si paresseusement tu veux rester assise et laisser ta cruche flotter sur
l’eau, viens, ô viens à mon lac.
La pente d’herbe est verte et plus loin les fleurs sauvages poussent
nombreuses.
Tes pensées émigreront de tes yeux sombres comme des oiseaux de leurs
nids.
Ton voile tombera à tes pieds.
Si tu dois rester oisive, viens, ô viens à mon lac.
* * * * *
Si laissant tes jeux de côté, tu veux te plonger dans l’eau pure, viens,
ô viens à mon lac.
Laisse sur la plage, ton manteau bleu; l’eau plus bleue t’enveloppera
toute.
Les vagues se feront très douces pour caresser ton cou et murmurer à ton
oreille.
Viens, ô viens à mon lac si tu veux t’y plonger.
* * * * *
Si insensée, tu cours à la mort, viens, ô viens à mon lac. Il est froid
et insondablement profond.
Il est sombre comme un sommeil sans rêve.
Là dans ses abîmes, les nuits et les jours ne comptent pas et les chants
sont silencieux.
Viens, ô viens à mon lac si tu veux t’abîmer dans la mort.