Viens comme tu es; ne t’attardes pas à ta toilette. Si la tresse de tes
cheveux s’est défaite, si ta raie n’est pas droite, si les rubans de ton
corset ne sont pas attachés, qu’importe? Viens comme tu es; ne t’attarde
pas à ta toilette.
* * * * *
Viens d’un pas rapide sur l’herbe.
Si la rosée fait glisser la courroie de ton pied, si les anneaux de
clochettes s’entr’ouvrent sur tes chevilles, si les perles de ton
collier s’égrènent, qu’importe?
Viens, d’un pas rapide sur l’herbe.
* * * * *
Vois-tu les nuages qui enveloppent le ciel? Au loin des bandes de grues
s’envolent de la rive, et, par moments, de furieuses rafales se
précipitent sur la lande.
Le bétail inquiet regagne les étables.
Vois-tu les nuages qui enveloppent le ciel?
* * * * *
En vain, tu allumes la lampe qui sert à ta toilette; elle vacille, et
s’éteint dans le vent.
Qui peut savoir si tes paupières n’ont pas été noircies de noir de
fumée? Tes yeux sont plus sombres que les nuages de pluie.
En vain tu allumes ta lampe; elle s’éteint.
* * * * *
Viens comme tu es; ne t’attardes pas à ta toilette.
Si ta guirlande n’est pas tressée, qui s’en soucie? Si ton bracelet
n’est pas fermé, laisse-le.
Les nuages obscurcissent le ciel, il est tard. Viens comme tu es; ne
t’attarde pas à ta toilette.