XI

Viens comme tu es; ne t’attardes pas à ta toilette. Si la tresse de tes

cheveux s’est défaite, si ta raie n’est pas droite, si les rubans de ton

corset ne sont pas attachés, qu’importe? Viens comme tu es; ne t’attarde

pas à ta toilette.

* * * * *

Viens d’un pas rapide sur l’herbe.

Si la rosée fait glisser la courroie de ton pied, si les anneaux de

clochettes s’entr’ouvrent sur tes chevilles, si les perles de ton

collier s’égrènent, qu’importe?

Viens, d’un pas rapide sur l’herbe.

* * * * *

Vois-tu les nuages qui enveloppent le ciel? Au loin des bandes de grues

s’envolent de la rive, et, par moments, de furieuses rafales se

précipitent sur la lande.

Le bétail inquiet regagne les étables.

Vois-tu les nuages qui enveloppent le ciel?

* * * * *

En vain, tu allumes la lampe qui sert à ta toilette; elle vacille, et

s’éteint dans le vent.

Qui peut savoir si tes paupières n’ont pas été noircies de noir de

fumée? Tes yeux sont plus sombres que les nuages de pluie.

En vain tu allumes ta lampe; elle s’éteint.

* * * * *

Viens comme tu es; ne t’attardes pas à ta toilette.

Si ta guirlande n’est pas tressée, qui s’en soucie? Si ton bracelet

n’est pas fermé, laisse-le.

Les nuages obscurcissent le ciel, il est tard. Viens comme tu es; ne

t’attarde pas à ta toilette.

Le jardinier d'amour · 第 28 / 103 题