En vain je leur crie: «Je ne vous connais pas.»

Je touche les uns, je sens l’odeur des autres; j’ai ceux-ci dans le sang

de mes veines et ceux-là hantent mes rêves.

Les chasser, je ne puis; je les appelle et je leur dis: «Que ceux qui le

voudront, viennent dans ma maison. Oui, qu’ils viennent.»

Au matin, la cloche sonne dans le temple.

Ils viennent avec des paniers dans leurs mains.

Leurs pieds sont rougis. La première lueur de l’aube éclaire leur

visage.

Les chasser je ne puis; je les appelle et je leur dis: «Venez dans mon

jardin pour y cueillir des fleurs. Venez.»

* * * * *

A midi le gong résonne à la grille du palais.

Je ne sais pourquoi ils quittent leur travail et s’attardent près de ma

haie.

Les fleurs dans leurs cheveux sont pâles et fanées; les notes de leurs

flûtes sont languissantes.

Les chasser, je ne puis; je les appelle et je leur dit: «L’ombre est

fraîche sous mes arbres. Venez, amis.»

* * * * *

La nuit les grillons chantent dans les bois.

Qui vient lentement vers ma porte, y frapper doucement?

Je vois vaguement le visage... Aucun mot n’est prononcé.

Le silence du ciel est partout alentour.

Chasser mon hôte silencieux, je ne le puis;

Je regarde son visage dans la nuit et des heures de rêve passent.

V

Je ne puis trouver le repos.

J’ai soif d’infini.

Mon âme languissante aspire aux inconnus lointains.

Grand Au-Delà, O le poignant appel de ta flûte!

J’oublie, j’oublie toujours que je n’ai pas d’ailes pour voler, que je

suis éternellement attaché à la terre.

* * * * *

Mon âme est ardente et le sommeil me fuit; je suis un étranger dans un

pays étrange!

Tu murmures à mon oreille un espoir impossible.

Mon cœur connaît ta voix comme si c’était la sienne.

Grand Inconnu, O le poignant appel de ta flûte!

J’oublie, j’oublie toujours que je ne sais pas le chemin, que je n’ai

pas le cheval ailé.

* * * * *

Je ne puis trouver la quiétude; je suis étranger à mon propre cœur.

Dans la brume ensoleillée des heures langoureuses, quelle immense vision

de Toi apparaît sur le bleu du ciel!

Grand Inconnaissable, O le poignant appel de ta flûte!

J’oublie, j’oublie toujours que partout les grilles sont fermées dans la

maison où je demeure solitaire!

Le jardinier d'amour · 第 22 / 103 题