Le général Hoche ne fit qu'une promenade militaire. Ayant manqué son
ennemi à Belleville, il revint précipitamment sur ses pas, et il mit
aussitôt à exécution le plan de campagne qu'il avait médité, et dont le
succès était infaillible pour soumettre la Vendée sans résistance
et sans effusion de sang. Il revint à la limite du pays insurgé, en
débouchant de Nantes, et il établit une ligne le postes assez serrés
pour contenir le canton qu'ils occupaient, et empêcher que Charette
n'inquiétât ses derrières assez nombreux, en même temps pour ne pas
craindre qu'ils fussent délogés à force ouverte. Des ouvertures
pacifiques étaient faites à tous les habitans indistinctement; des
proclamations conciliantes étaient répandues avec provision; les
principaux propriétaires étaient reçus avec cordialité par les
commandans; on leur donnait toutes les sauve-gardes qu'ils pouvaient
désirer; les prêtres témoignaient-ils quelque méfiance sur la sincérité
de nos promesses et sur le maintien de la liberté du culte, le général
Hoche répondait _qu'ils pouvaient venir célébrer la messe dans sa
chambre_.
Chaque poste procédait ensuite, dans le rayon qu'il occupait, au
désarmement des gens suspects ou qui ne présentaient pas une
garantie suffisante; des permis de port-d'armes étaient délivrés aux
propriétaires honnêtes et sur lesquels on pouvait compter. Cette
opération achevée sur toute la ligne, les postes étaient établis
en avant sur une autre ligne, et à une distance de la première qui
permettait l'exécution des mêmes mesures. Par ce moyen Charette
était resserré chaque jour de plus en plus, le nombre de ses soldats
diminuait, et sa faiblesse réelle sautait aux yeux de ses partisans.
Le général républicain avait surtout recommandé à ses généraux de ne pas
risquer le moindre engagement où l'avantage pût être balancé; il voulait
prévenir l'engouement et les reviremens qu'auraient entraînés quelques
succès. Ces incidens pouvaient encore séduire les esprits, et retarder
l'oeuvre de la pacification. Aussi le général Gratien fut-il fortement
blâmé pour avoir exposé à quelque distance de Rochesaviré un détachement
qui fut défait une première fois, et qu'il rétablit au même endroit,
en bravant un second échec. Ce fut là le dernier avantage que Charette
remporta sur une poignée d hommes, et il y perdit un de ses meilleurs
officiers, le jeune La Roberie, dont la bravoure téméraire était
merveilleuse pour ranimer les courages refroidis et rebutés à cette
époque.
Quelque temps auparavant, immédiatement après sa sortie de Belleville
devant Hoche, au combat de Saint-Cyr, et en voulant forcer un faible
détachement retranché dans une église, Charette avait perdu Guérin
l'aîné, son meilleur chef de division, celui qui connaissait le mieux
la tactique de cette nature de guerre. Les républicains suivirent sans
interruption celle prescrite par le général Hoche qui dirigeait toutes
les opérations de son quartier-général de Nantes ou de Montaigne où il
se trouvait quelquefois.
On ne poursuivait point Charette avec vivacité, le pays était seulement
traversé par de petits corps de cavalerie pour empêcher la réunion des
Vendéens. On pacifiait successivement; on enlevait les armes, et chaque
jour le cercle où Charette végétait était resserré. Ce ne fut que
lorsqu'il fut très-étroit, même lorsque presque toutes les communes
furent soumises, que ce chef royaliste fut suivi sans relâche et à la
piste; et encore eût-il facilement échappé à ces recherches, si son
grand coeur eût pu le résoudre à se cacher.