XV.

Le général Hoche ne fit qu'une promenade militaire. Ayant manqué son

ennemi à Belleville, il revint précipitamment sur ses pas, et il mit

aussitôt à exécution le plan de campagne qu'il avait médité, et dont le

succès était infaillible pour soumettre la Vendée sans résistance

et sans effusion de sang. Il revint à la limite du pays insurgé, en

débouchant de Nantes, et il établit une ligne le postes assez serrés

pour contenir le canton qu'ils occupaient, et empêcher que Charette

n'inquiétât ses derrières assez nombreux, en même temps pour ne pas

craindre qu'ils fussent délogés à force ouverte. Des ouvertures

pacifiques étaient faites à tous les habitans indistinctement; des

proclamations conciliantes étaient répandues avec provision; les

principaux propriétaires étaient reçus avec cordialité par les

commandans; on leur donnait toutes les sauve-gardes qu'ils pouvaient

désirer; les prêtres témoignaient-ils quelque méfiance sur la sincérité

de nos promesses et sur le maintien de la liberté du culte, le général

Hoche répondait _qu'ils pouvaient venir célébrer la messe dans sa

chambre_.

Chaque poste procédait ensuite, dans le rayon qu'il occupait, au

désarmement des gens suspects ou qui ne présentaient pas une

garantie suffisante; des permis de port-d'armes étaient délivrés aux

propriétaires honnêtes et sur lesquels on pouvait compter. Cette

opération achevée sur toute la ligne, les postes étaient établis

en avant sur une autre ligne, et à une distance de la première qui

permettait l'exécution des mêmes mesures. Par ce moyen Charette

était resserré chaque jour de plus en plus, le nombre de ses soldats

diminuait, et sa faiblesse réelle sautait aux yeux de ses partisans.

Le général républicain avait surtout recommandé à ses généraux de ne pas

risquer le moindre engagement où l'avantage pût être balancé; il voulait

prévenir l'engouement et les reviremens qu'auraient entraînés quelques

succès. Ces incidens pouvaient encore séduire les esprits, et retarder

l'oeuvre de la pacification. Aussi le général Gratien fut-il fortement

blâmé pour avoir exposé à quelque distance de Rochesaviré un détachement

qui fut défait une première fois, et qu'il rétablit au même endroit,

en bravant un second échec. Ce fut là le dernier avantage que Charette

remporta sur une poignée d hommes, et il y perdit un de ses meilleurs

officiers, le jeune La Roberie, dont la bravoure téméraire était

merveilleuse pour ranimer les courages refroidis et rebutés à cette

époque.

Quelque temps auparavant, immédiatement après sa sortie de Belleville

devant Hoche, au combat de Saint-Cyr, et en voulant forcer un faible

détachement retranché dans une église, Charette avait perdu Guérin

l'aîné, son meilleur chef de division, celui qui connaissait le mieux

la tactique de cette nature de guerre. Les républicains suivirent sans

interruption celle prescrite par le général Hoche qui dirigeait toutes

les opérations de son quartier-général de Nantes ou de Montaigne où il

se trouvait quelquefois.

On ne poursuivait point Charette avec vivacité, le pays était seulement

traversé par de petits corps de cavalerie pour empêcher la réunion des

Vendéens. On pacifiait successivement; on enlevait les armes, et chaque

jour le cercle où Charette végétait était resserré. Ce ne fut que

lorsqu'il fut très-étroit, même lorsque presque toutes les communes

furent soumises, que ce chef royaliste fut suivi sans relâche et à la

piste; et encore eût-il facilement échappé à ces recherches, si son

grand coeur eût pu le résoudre à se cacher.

Mémoires de Mme la marquise de La Rochejaquelein écrits par elle-même · 第 51 / 56 题