Charette ne témoigna point de répugnance à faire la paix: il en démontra
lui-même la nécessité dans tous les conseils de guerre qui furent tenus
pendant les conférences. La rébellion de Delaunay le refroidit, parce
qu'il craignit que les intrigues de ce chef audacieux et de quelques
autres officiers ne tournassent contre lui l'esprit du peuple, et ne lui
fissent perdre son ascendant, peut-être même son autorité: il avait le
premier frayé le chemin à cette fatale défection par les catastrophes
assez récentes de Jolly et de Marigny. L'on pouvait donc rétorquer
contre lui les motifs et les examples qu'il avait donnés dans ces deux
occasions.
Mais il est vrai de dire que la paix était désirée par l'immense
majorité de tous les insurgés qui avaient des propriétés et reçu quelque
éducation. Parmi les généraux qui avaient assisté aux négociations (ils
étaient quatre en y comprenant Charette), trois en étaient les partisans
zélés, MM. de Couëtier, Fleuriot et Sapinaud: leur ame honnête et
sensible ne pouvait supporter la pensée des malheurs que l'on pouvait
finir, et cette manière de voir était partagée par le plus grand nombre
de leurs officiers.
Les antagonistes de la pacification n'étaient que des déserteurs, des
transfuges, et ceux qui s'étaient élevés à un commandement quelconque
des derniers rangs de la société. La paix remettait ceux-ci dans leur
ancienne condition, et les autres n'avaient en perspective que le mépris
d'un parti qu'ils avaient trahi, et peut-être des dangers réels: et il
faut le dire ici; par suite d'une politique qui dévoilait bien la sombre
défiance et le despotisme de Charette, ses principaux officiers, ses
chefs de division avaient tous été choisis dans la classe populaire
ou parmi les déserteurs. La Roberie faisait seul exception dans ces
nominations indiscrètes. Charette ne craignait point d'en exprimer le
motif qui était d'obtenir une obéissance aveugle et d'écarter jusqu'à
l'idée de la résistance: il a dit qu'un chef ne devait pas se croire à
l'abri du bâton: on l'a vu poursuivre à grands coups de pied, autour
d'une troupe rangée en bataille et faisant l'exercice, des officiers qui
lui paraissaient commettre quelques fautes dans les manoeuvres.
Bien plus, ce que l'on ne croirait pas, si dix mille témoins ne
rendaient hommage à la vérité du fait, Charette, en introduisant le
châtiment du bâton parmi ses soldats, était lui-même l'exécuteur de la
punition des coupables. Le _minimum_ était vingt-cinq coups qu'il leur
appliquait sur les épaules avec la plus grande vigueur. Le battu
était ordinairement si maltraité, qu'il lui était malaisé de finir la
campagne, et qu'il lui fallait des soins et du repos pour le rétablir de
ses blessures. Cet exemple odieux était suivi par les chefs de division;
ils réprimaient les écarts de leur troupe de la même manière, et
toujours de leur propre main. Il semblait même que cette indécente
brutalité fût une prérogative, puisqu'elle n'était pas exercée par les
officiers subalternes. Le droit de bastonnade n'était attaché qu'aux
grades élevés: c'étaient les droits de _haute justice_.