X.

Charette ne témoigna point de répugnance à faire la paix: il en démontra

lui-même la nécessité dans tous les conseils de guerre qui furent tenus

pendant les conférences. La rébellion de Delaunay le refroidit, parce

qu'il craignit que les intrigues de ce chef audacieux et de quelques

autres officiers ne tournassent contre lui l'esprit du peuple, et ne lui

fissent perdre son ascendant, peut-être même son autorité: il avait le

premier frayé le chemin à cette fatale défection par les catastrophes

assez récentes de Jolly et de Marigny. L'on pouvait donc rétorquer

contre lui les motifs et les examples qu'il avait donnés dans ces deux

occasions.

Mais il est vrai de dire que la paix était désirée par l'immense

majorité de tous les insurgés qui avaient des propriétés et reçu quelque

éducation. Parmi les généraux qui avaient assisté aux négociations (ils

étaient quatre en y comprenant Charette), trois en étaient les partisans

zélés, MM. de Couëtier, Fleuriot et Sapinaud: leur ame honnête et

sensible ne pouvait supporter la pensée des malheurs que l'on pouvait

finir, et cette manière de voir était partagée par le plus grand nombre

de leurs officiers.

Les antagonistes de la pacification n'étaient que des déserteurs, des

transfuges, et ceux qui s'étaient élevés à un commandement quelconque

des derniers rangs de la société. La paix remettait ceux-ci dans leur

ancienne condition, et les autres n'avaient en perspective que le mépris

d'un parti qu'ils avaient trahi, et peut-être des dangers réels: et il

faut le dire ici; par suite d'une politique qui dévoilait bien la sombre

défiance et le despotisme de Charette, ses principaux officiers, ses

chefs de division avaient tous été choisis dans la classe populaire

ou parmi les déserteurs. La Roberie faisait seul exception dans ces

nominations indiscrètes. Charette ne craignait point d'en exprimer le

motif qui était d'obtenir une obéissance aveugle et d'écarter jusqu'à

l'idée de la résistance: il a dit qu'un chef ne devait pas se croire à

l'abri du bâton: on l'a vu poursuivre à grands coups de pied, autour

d'une troupe rangée en bataille et faisant l'exercice, des officiers qui

lui paraissaient commettre quelques fautes dans les manoeuvres.

Bien plus, ce que l'on ne croirait pas, si dix mille témoins ne

rendaient hommage à la vérité du fait, Charette, en introduisant le

châtiment du bâton parmi ses soldats, était lui-même l'exécuteur de la

punition des coupables. Le _minimum_ était vingt-cinq coups qu'il leur

appliquait sur les épaules avec la plus grande vigueur. Le battu

était ordinairement si maltraité, qu'il lui était malaisé de finir la

campagne, et qu'il lui fallait des soins et du repos pour le rétablir de

ses blessures. Cet exemple odieux était suivi par les chefs de division;

ils réprimaient les écarts de leur troupe de la même manière, et

toujours de leur propre main. Il semblait même que cette indécente

brutalité fût une prérogative, puisqu'elle n'était pas exercée par les

officiers subalternes. Le droit de bastonnade n'était attaché qu'aux

grades élevés: c'étaient les droits de _haute justice_.

Mémoires de Mme la marquise de La Rochejaquelein écrits par elle-même · 第 46 / 56 题