Le pays insurgé se trouva le plus souvent débarrassé des troupes
républicaines pendant l'été de 1794. Des colonnes le traversèrent trois
ou quatre fois, mais sans s'y arrêter. Ce plan de l'ennemi était motivé,
ou sur les courses infructueuses faites pendant l'hiver et qui leur
avaient coûté tant de monde et tant de fatigues, ou sur la nécessité de
renforcer les armées des frontières moins exposées pendant les mauvaises
saisons, ou principalement pour border et défendre les côtes sur
lesquelles on craignait toujours quelques débarquemens d'Anglais qui
auraient coopéré avec les insurgés. Charette eut donc le temps de
respirer à son aise et d'entreprendre lui-même des attaques, au lieu de
repousser ou d'esquiver celles des républicains. Sans doute ce repos
qu'il aura présenté à ses soldats sous des couleurs adroites, comme
étant la suite de l'abattement ou de l'impuissance de l'ennemi, releva
le courage des siens, leur donna une haute idée de leur force, et
augmentait leur confiance dans le général qui les avait guidés à travers
tant de dangers. En envisageant dans leur ensemble tous ceux qui les
avaient assaillis, les Vendéens le regardaient comme le libérateur de
leur pays, le sauveur de leur existence, et la guerre qu'ils avaient
soutenue sous ses ordres, comme ayant été le seul moyen d'échapper
à cette terrible catastrophe; les esprits reçurent donc de ces
considérations des impressions d'enthousiasme et d'énergie, qui
préparèrent les succès que les Vendéens obtinrent contre les camps
retranchés des patriotes.
Le camp dont l'attaque, est sans contredit, un des plus beaux faits
d'armes du général vendéen, n'était point assis à Saint-Christophe, mais
à Freligné, auprès d'une chapelle de ce nom, à un quart de lieue de
Touvois. Les républicains avaient un détachement dans le premier
endroit, et c'est sur ce point que la troupe battue effectua une
retraite bien difficile; la garnison de ce camp était de quinze cents
hommes, et plus de la moitié fut tuée. Les Vendéens montrèrent dans
cette occasion une valeur et une fermeté que l'on ne pouvait pas
raisonnablement attendre; l'événement seul justifia l'attaque d'un poste
que l'on regardait comme imprenable par des troupes irrégulières.
Le camp des Chrimières, que Charette força quelques jours après, n'était
pas aussi fort et aussi nombreux: celui-ci fut surpris dans un moment où
l'ennemi était mal préparé. Les soldats avaient lavé et nettoyé leurs
armes ce jour-là, et un grand nombre était répandu dans les vignes dont
la maturité approchait. Cette attaque imprévue était la suite de la
défaveur qui entourait les républicains et de l'impossibilité dans
laquelle ils s'étaient placés, par leurs cruautés, de recevoir aucun
renseignement. Les localistes, avec qui ils vivaient sans défiance,
étaient les premiers à les trahir; ainsi les Vendéens étaient prévenus
à temps de toutes les occasions favorables qui se présentaient, et les
républicains ne l'étaient jamais. On ne peut se faire une idée de la
haine profonde, de l'horreur que ceux-ci avaient excitées dans le pays
insurgé; les femmes, les enfans en étaient envenimés; ces sentimens
étaient comme mêlés dans leur substance, et portés au dernier degré
d'exaltation.