Charette avait commis une faute grossière dans l'établissement de son
camp de Légé, et qui lui ôtait absolument toute facilité de résister à
l'invasion des républicains et aux attaques qu'ils auraient dirigées
contre lui dans cet endroit. Légé était couvert de tous côtés par des
arbres et des haies touffues, retranchemens naturels qui s'adaptaient
merveilleusement au génie militaire des insurgés. Charette détruisit cet
avantage de fond en comble; il fit abattre tous les arbres, raser les
buissons, et convertit Légé en une vaste plaine. Son aimée travailla
pendant tout l'été de 1793 à cette imprudente opération. Dès ce moment
le poste ne fut plus tenable pour des paysans qui l'abandonnaient
aussitôt qu'ils apercevaient l'ennemi; et il devint pour celui-ci un
poste de prédilection qu'il occupa constamment dans la suite, et qui
le plaçait au centre du pays insurgé. On ne conçoit pas comment les
expériences malheureuses, faites par Charette dans les endroits trop
découverts, ne lui avaient pas fait rejeter ce projet insensé; mais
c'est encore dans cette occasion qu'on remarque une des principales
nuances de son caractère, la suffisance et la présomption. En traçant à
Légé un camp retranché, il singeait le général d'une armée régulière.