L'attaque de Nantes ne fut faite activement que par la grande armée.
Celle de Charette n'y pouvait faire qu'une parade inutile. Comment en
effet aurait-elle tenté avec succès de pénétrer à travers une demi-lieue
d'une espèce de défilé, d'une gorge étroite, formée par les ponts de
la Loire et de la Sèvre, sans pontons et sans bateaux? Aussi ne
s'avança-t-elle que jusqu'au pont Rousseau, et elle dressa en cet
endroit des batteries avec lesquelles on tira sur la ville à boulets
rouges; une batterie voisine des républicains ripostait et tua une
cinquantaine d'hommes. Les patriotes ne pouvaient, rien craindre de ce
côté; ils le défendirent avec un faible poste et quelques canonniers.
Les paysans accourus à ce siège s'élevaient, à ce que l'on prétend, au
moins à vingt mille. On remarquait dans cette armée des vieillards
et des femmes qui s'étaient pourvus de sacs, afin de profiler plus
amplement du butin qu'aurait procuré une ville aussi opulente; on
annonçait hautement l'intention de la piller; et si toute cette
populace eût réussi à s'y introduire, il eût été malaisé d'empêcher ce
brigandage. De pareilles dispositions, connues des assiégés, étaient
bien propres à enflammer leur courage et à augmenter la résistance.
On a dit dans le temps que si l'armée d'Anjou eût forcé la ville, le
dessein des chefs qui la commandaient était de garder aussitôt les
ponts, afin de s'opposer à l'entrée de l'armée Charette dont les
principaux officiers seuls eussent été exceptés de cette défense.
Il n'est pas présumable que Charette ait montré des prétentions ouvertes
au poste de généralissime. Il ne pouvait pas raisonnablement conserver
le moindre espoir d'être nommé; il était peu connu dans les armées
d'Anjou et du centre; il n'avait eu aucune relation directe avec elles,
à l'exception de M. Royrand; l'on ne pense pas qu'il eût envisagé
les autres chefs à cette époque; il députa deux ou trois officiers à
l'assemblée qui devait faire l'élection, et il aura été mécontent, comme
beaucoup d'autres, de la promotion de M. d'Elbée qui, à la vérité, ne
méritait pas la préférence. On aura peut-être envisagé les réflexions
qu'il aura faites sur ce choix, comme le dépit de l'amour-propre
offensé.
Il serait plus exact de croire que Charette s'imaginait qu'on devait,
dans cette assemblée de chefs, s'occuper non-seulement du chef principal
mais de l'organisation de toutes les armées, opération qui, dans le
fait, aurait été bien sage. Charette eût voulu, dans ce cas, être élevé
au commandement de l'armée du Bas-Poitou, c'est-à-dire de tout le
territoire insurgé qu'il gouverna après le passage de la Loire. Tout le
pays eût ainsi été divisé en trois armées principales, et relativement
au nombre, à l'importance et aux ressources territoriales, Charette eût
commandé incontestablement la seconde.
Il aura donc été très-piqué d'une omission qui le laissait à la tête
d'une bande assez médiocre, et toujours en butte aux tiraillemens, aux
intrigues et l'insubordination des autres chefs. Si son projet eût
réussi, la nomination d'un généralissime l'eût peu gêné, tant parce que
le commandement du centre de celui-ci eût été éloigné, que parce que
l'obéissance de chef à chef était dans ce temps-là très-imparfaite.